SCÈNE IV
M. DE S A IN ï -PII A R, profondément occupé, GROS- RENE , éloigné.
SAINT-PHAR tire sa montre , et se promène.
Neuf heures! jamais la matinée ne m'a paru si lente à s'e'couler.
GROS-RENÉ , à part.
On voit bian qu'il n'a rien à faire.
SAINT-PHAR
La campagne , qu'on vante tant , n'offre qu'une monotonie fatigante. Voilà huit jours qu'il fait un temps !...
GROS-RENÉ , à part.
Superbe.
SAINT-PHAR
XTn soleil d'une chaleur !...
GROS-RENÉ, à part.
Excusais.. Et sans ça comment muririoht nos fruits?
3o6 LE VAPOREUX,
SAINT-PHAR
Toujours voir des champs , des arbres , des gazons !
GROS-RENÉ , à part.
Que diantre espérait - il donc voir à la campagne ?
SAINT-PHAR , apercevant Gros-René.
Ah ! te voilà ?
Oui, Monsieur, jetions...
SAINT-PHAR
1 a IX. (Il marche la tète baissée. Gros -René' le suit et l'examine. )
Je suis déjà fatigué, et je ne suis pas sorti. (Gros- RiMié lui apporte vite un fauteuil.) Je n'en veux pas ; j'aime
a marcher. (Gros-René pense étouffer de rire , lorsqu'à l'instant
même il voit Saint-Phar se jeter dans le fauteuil. ) Apporte-moi . . (Il s'arrête et rêve.)
GROS-RENÉ
Quoi, Monsieur?
SAINT-PHAR
Je ne Sais. ( Gros-René touche un dessin.) Non : (Delà
musique.) Non... Qui , cela m'amusera, donne. (Il
feuillette de la musique, quitte son violon, en disant : ) J ai JOUC tout Cela Cent fois. ( Il prend un crayon et des dessins : Gros- René, pendant ce temps, est toujours en action et en jeu muet.)
Des crayons détestables ! ( n les jette avec dépit. ) Un livre !
GROS-RENÉ
Sti-là?... ou sti-ci?
COMEDIE. 3o7
SAINT-PHAR
N'importe ! la lecture est ma seule ressource... Ne m'interromps pas ; je veux absolument finir...
( Il prend le livre, l'ouvre , tombe dans des distractions , les yeux fixes sur la même page. )
GROS-RENE va s'asseoir tout doucement et ne remue pas.
Il lit ! bon ! le v'ia tranquille. ( Saint-Phar se lève
très vite , et jette son livre sur la table : Gros-Rene' se lève aussi tout étonné. )
SAINT-PHAR
Mais quelle fureur a ma femme d'être venue dans ce lieu désert!... Je veux être seul, je ne me plais que seul , ce n'est que seul que je m'amuse.
( Il soupire : Gros-René rit.) Je VOUS entends, je Crois. ( Gros-René , ne pouvant plus se contenir, veut s'en aller. ) Ou al-
lez-vous ? Et si j'ai besoin de quelque chose ; La Roche n'est pas ici... On n'a aucun soin... Ils sont venus pour moi, disent-ils, et je ne les vois pas?
GROS-RENE , ne pouvant résister.
Mais, Monsieur a fait défendre...
SAINT-PHAR
Qui vous interroge ? Quelle heure est-il donc ? (Il tire sa montre. ) Toujours neuf heures! cette aiguille
Semble fixée. ( Gros-René rit malgré lui. ) Encore ? GROS-RENE , se contenant avec la plus grande peine.
Monsieur, je vous demandons la permission de... de... m'en aller d'ici. ( il rit et se cache. ) Je n'y
pouvons plus tenir < d'abord , je ne sommes pas fait à ces choses-là.
3o8 LE VAPOREUX,
SAINT-PHAR
Eh ! va-t-en. Tu as si peu d'attention !... Tu me sers si mal!... Va-t-en , te dis-je. ( Gros-Rene sort. ) Ah! je l'ai brusque, et son intention était bonne: le malheur rend injuste.