EL AIN MLLE
D'avoir voulu détruire en elle, en nous, des préjugés respectables.
SAINT-PHAR
Il est vrai.
RLAINVILLE.
De vous être mis au point de vous faire accuser aujourd'hui d'inconséquence ou de faiblesse.
SAINT-PHAR
Eh ! morbleu î tout ce que vous me dites semble fait pour augmenter mon embarras.
RLAINVILLE.
Je le sens ; mais que voulez-vous?
SAINT-PHAR
Ce que je veux !... Voilà les amis, les amis du siècle , qui crient , querellent , dissertent, disent les plus belles choses à propos de rien ; et qui , dans une occasion importante , ne savent seulement pas prendre un parti ni donner un bon conseil.
RLAINVILLE.
Je crois entendre votre femme ; je me retire.
SAINT-PHAR
Ma femme !... déjà?... attendez , attendez donc... Vous ne lui direz pas un mot ?
RLAINVILLE.
Pas un mot.... soyez tranquille.
SAINT-PHAR
Non , ce n'est pas là ce que... ( Bas. ) Vous êtes fait pour me désespérer.
BLAINVILLE
Mais, mon ami, permettez... C'est à vous à trouver les moyens de réparer un mal que vous seul avez causé , que vous seul peut-être pouvez guérir. Il me semble , en pareil cas , que , vis - à - vis d'une femme aimable que mon indifférence aurait aussi vivement affectée , je ne m'adresserais pas à mon ami pour savoir ce que je dois faire.
SAINT-PHAR
Un instant... V,ous me suggérez une idée.
BLAINVILLE
Bon.
SAINT-PHAR
Croyez-vous que , par l'amitié, le sentiment, il soit encore temps de la faire revenir ?
BLAINVILLE
Ce serait un moyen assez bon... mais...
SAINT-PHAR
Mais ,, oui, si je pouvais réchauffer son cœur , paraître abjurer mon indifférence , et lui faire sentir qu'on tient encore beaucoup à la vie , à l'instant même où l'on parle de la quitter... hein?
BLAINVILLE , à part.
Bon ! c'est précisément le rôle de sa femme qu'il veut faire.
SAINT-PHAR
Eh bien ! qu'en dites-vous ?
BLAINVILLE
Je dis que vous pouvez essayer... mais qu'on ne persuade guère ce qu'on ne sent pas.
SAINT-PHAR
Ah! s'il ne tient qu'à cela, je ferai tout comme si je le sentais.
BL AIN VILLE
Oui... Eh bien ! à la bonne heure... Moi , je désire que vous réussissiez... je l'espère même. La voici. Il me semble que la douleur lui sied assez bien.
( Madame de Saint-Phar entre , l'air distrait et préoccupé ; elle a une robe très simple, mais très galante ; coiffe'e sans art , mais d'une façon pittoresque, les cheveux un peu dérangés , enfin, dans un désordre décent , mais voluptueux ; un rouge plus vif qu'a la première scène , la démarche leste , le regard assuré et serein , une guirlande de fleurs en écharpe , des fleurs dans les cheveux. )