SCÈNE IV
le comte d'EGMONT, CHARLES.
D'EGMONT , Rapprochant de Charles.
Et toi, Charles, tu es sensé, tu connais le monde , je suis sûr que tu n'es pas aussi sévère que Henriette.
CHARLES
M. le Comte, je ne sais trop que vous dire... mais cependant... cette fille-là... c'est une brave fille... Madame ne veut entendre à rien... Vous dites qu'elle a tort, cela peut être; mais si sa conscience lui dit qu'elle a raison , elle aurait encore plus de tort de ne pas écouter sa conscience...
Ce mari est fait pour être trompé, peut-être... ce n'est pas à moi à parler de ces choses-là... Mais quoi qu'il arrive , je ne me prêterais pas à la moindre démarche qui pût le désobliger.
DEGMONT.
Comment! cette bourse...
CHARLES
Est bien pleine, bien tentante... Tenez, M. le Comte, on est pauvre, mais on est honnête, et malheureusement, dans notre état, il faut que cela aille ensemble ; nous avons aussi notre honneur, nous; et comme nous n'avons pas d'autre bien , ça fait peut-être que nous y sommes plus attachés. Une fois perdu , nous n'avons pas le moyen de le racheter ; il faut se repentir toute sa vie ; et c est long, quand on ne s'y est pas accoutumé de jeunesse. Vous êtes trop juste -pour m'en vouloir... et vous conviendrez que si vous aviez jamais un serviteur à prendre , vous préféreriez celui qui a refusé votre argent à celui qui l'eût accepté.