SCÈNE XII
le comte d'EGMONT , M. DESMARETS.
D EGMONT , piqué, r'ouvrant la porte.
Je n'aurais jamais imaginé cela de vous, Monsieur Desmarets.
■i!i ami, il serait inutile à présent de dissi-
•r. 11 n'est que trop vrai , ne pouvant plus ré-
ter à la tendresse que ma femme m'inspire, la
COMÉDIE. fy."'.
trouvant, dans cet entretien , si sensée , si intéressante!... La tétc , le cœur... mon ami, j'ai oublié tout ce que nous avons dit tant de fois, et je n'ai écouté que l'amour.
D EGMONT , avec un dépit concentré.
Que l'amour... Et voilà la confidence que vous avez à me faire ?
DESMARETS
Yoilà. . . Il faut aussi que vous vous prêtiez à mon faible, que vousveniez à mon secours. d'egmont.
Comment cela?... Je ne conçois pas comment je pourrais vous être utile.
DESMARETS
Très aise'ment... Yous êtes trop juste pour ne pas vouloir que ma femme soit heureuse. d'egmont.
Le ciel sait combien , au contraire , je désire son bonheur.
DESMARETS
D'après cela, rien de plus facile à exécuter que mon projet.
Je ne l'aurais pas cru...
DESMARETS
Vous allez voir. Je ne puis sans risque satisfaire à ses fantaisies , lui laisser entrevoir l'empire qu'elle a sur moi ; il me faut donc un prétexte , un motif... Eh bien ! c'est vous qui me l'offrez... Elle désire quelque chose , je refuse ; le hasard vous
l'apprend , vous la plaignez , vous me blâmez même, pour mériter sa confiance...
d'egmont.
J'aperçois là-dedans des vues... Continuez.
DESMARETS
Vous offrez de me parler pour obtenir ce qui peut lui plaire*; je feins de résister ; je cède enfin ; j'ai l'air de souscrire à ses vœux , plutôt par complaisance pour vous que par amour pour elle, et j'ai le plaisir si doux , si naturel , d'embellir ses jours, sans risquer pour cela d'empoisonner les miens. d'egmont.
Et vous exigez que ce soit moi...
DESMARETS
Oui, vous, vous... je l'exige. Au fait donc : tenez , dans ce moment elle a besoin de deux mille écus que je voulais lui donner ; commencez votre rôle , offrez-les lui ; faites-vous fort de les obtenir de moi; allez, cher ami, et réussissez , je vous prie.
d'egmont.
Il ne tiendra pas à moi , je vous l'assure. Mais il faudrait pour cela que je me trouvasse seul avec elle.
Cela va sans dire.
d'egmont.
Et sans que personne entendit.
DESMARETS
C'est très essentiel.
d'egmont.
C'est que vous avez une Henriette... fort honnête fille d'ailleurs, mais un espion.
DE£MARETS, finement.
Je m'en suis toujours doute.
d'egmont- Et si par hasard cette HcnrieNe allait interrompre...
DESMARETS
J'y veillerai.
d'egmont.
Il y a encore un certain Charles.
DESMARETS
Un imbécille... Je m'en charge.
D'EGMONT , avec ironie.
C'est prévoir à tout , on ne peut y mettre plus de zèle.
DESMARETS
Allez donc , et comptez sur ma reconnaissance.
D'EGMONT, scrieux.
Oh ! non , non , vous ne m'en devez aucune , je vous assure, aucune... et ce n'est pas même sans
quelque répugnance... (Desmarets trépigne d'impatience. )
Ne vous fâchez pas... je vais exécuter votre projet.
DESMARETS, seul.
Il ne voulait pas... et si je n'avais insisté... Mais à présent me voilà tranquille , ma pauvre femme va se trouver plus heureuse , et je jouirai en secret... Il l'avait prévu .. c'est Henriette qui vient
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