UNE MERE A SA FILLE
Viens reposer contre mon cœur , Viens, mon aimable Cézaririe:
A faire long-temps mon bonheur , Sans doute le ciel te destine.
M'arrive-t-il quelques chagrins, En t'embrassant je les oublie ; Je n'aurai que des jours sereins Si j'ai ma fille pour amie.
Déjà docile à ma leçon Que je rè^le sur ta faiblesse , Si tu méconnais la raison , Tu connais du moins la tendresse.
Un baiser , un air sérieux , Te punit ou te récompense ; Mais tu dois lire dans mes yeux Combien je crains la pénitence.
Que tous les dieux jonchent de fleurs Ta longue et brillante carrière !
Mais si tu versais quelques pleurs , Ne les cache pas à ta mère.
Garde-toi de dissimuler ; M'ôter, lorsque je t'en conjure , La douceur de te consoler , Est un vol fait à la nature.
Si d'avoir quelques légers torts Tu te sentais parfois capable , Viens me confier tes remords ; Qui se repent est moins coupable.
Songe que mon unique bien Est ton entière confiance, Que chez une mère il n'est rien Qui ne soit pardonné d'avance.
Peut-être l'amour une fois Soumettra ton âme novice , C'est surtout l'instant où je dois Te préserver de ton supplice.
A. son cœur , plutôt qu'à ses traits , Choisis celui qui te mérite , Les vertus ne passent jamais , Et la beauté passe bien vite.
Si par raison ou par devoir 11 fallait étouffer ta flâme , S'il fallait céder au pouvoir Du public tyran qui nous blâme , Mieux que moi qui peut l'écouter ?
Un cœur tendre sait par lui-même Tout ce qui doit nous en coûter Nuit* ne pas aimer qui nous aime
Soit que tu lui donnes ton cœur, Soit qu'il résiste à la tendresse , Être trahi est un malheur ; Mais tromper est une bassesse.
Hélas! il est plus d'un cœur faux.
Rappelle-toi , fille trop chère, Qu'on peut oublier tous les maux, Excepté ceux qu'on a pu faire.
Des chagrins qu'offre l'avenir
Eloignons le triste présage ,
H :te-toi plutôt de jouir
Du plaisir qu'on goûte à ton âge.
Mais, pour prix des soins que je prends,
Mère à ton tour, qu'il le souvienne
De répéter à les enfans
Combien tu chérissais la tienne.