‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 181 sur 184 · A MON PASTEUR DE G · texte numérisé non relu

A MON PASTEUR DE G

Jetais riche autrefois; la Fortune inconstante

A repris ses faveurs, et trompé mon attente ;

Mais je pourrai du moins léguer à mes neveux

Le bonheur que j'éprouve à contempler les cieux ,

Le plaisir d'admirer ces fertiles campagnes,

Ces prés , ces bois , ces lacs , ces superbes montagnes ,

Ces pics couverts de neige e! vainqueurs des hivers,

Cet Océan fameux par d'illustres revers. . .

Mais je leur laisse encore , et j'en gémis d'aA ance ,

La guerre , ses fureurs, la haine, la vengeance ,

Et tous ces maux divers que le ciel en courroux ,

Prolonge d'âge en âge , et fait naître avec nous.

Les maux suivent les biens! l'Ordonateur suprême,

Près du vice qu'on bail , mit la vertu qu'on aime ;

Usons de ses bienfaits , supportons les chagrins ,

Et nous verrons encor luire des jours sereins;

Tous ceux où l'amitié fait sentir sa puissance ,

Tons ceux où nous pouvons soulager l'indigence ,

Et ce dernier de tous, joui" fatal , solennel!

Qui doit nous assurer un repos éternel.

C'est là qu'on peut braver le sort et sa furie!

Là que s'explique enfin l'énigme de la vie ;

Et si, dans le néant... ce mot doit effrayer ;

Non , l'homme n'est pas fait pour mourir tout entier.

Et d'abord , si nos noms ont acquis quelque gloire ,

Nous pouvons vivre encor un instant dans l'histoire. Mais si la mort , levant un voile redouté , Nous donne le chemin de l'immortalité... Si l'Eternel réserve une ample récompense Aux vertus qui long-temps ont souffert en silence, S'il permet qu'à 1 instant où nos fers sont rompus, Nous pressentions déjà le bonheur des élus!... Si, dissipant enfin notre longue ignorance, Dieu ! Dieu ! se montre à nous dans toute sa puissance , Avec un tel espoir , qui peut craindre la mort ? C'est le méchant qui meurt; l'homme de bien s'endort.

Page 1