A MON PASTEUR DE G
Jetais riche autrefois; la Fortune inconstante
A repris ses faveurs, et trompé mon attente ;
Mais je pourrai du moins léguer à mes neveux
Le bonheur que j'éprouve à contempler les cieux ,
Le plaisir d'admirer ces fertiles campagnes,
Ces prés , ces bois , ces lacs , ces superbes montagnes ,
Ces pics couverts de neige e! vainqueurs des hivers,
Cet Océan fameux par d'illustres revers. . .
Mais je leur laisse encore , et j'en gémis d'aA ance ,
La guerre , ses fureurs, la haine, la vengeance ,
Et tous ces maux divers que le ciel en courroux ,
Prolonge d'âge en âge , et fait naître avec nous.
Les maux suivent les biens! l'Ordonateur suprême,
Près du vice qu'on bail , mit la vertu qu'on aime ;
Usons de ses bienfaits , supportons les chagrins ,
Et nous verrons encor luire des jours sereins;
Tous ceux où l'amitié fait sentir sa puissance ,
Tons ceux où nous pouvons soulager l'indigence ,
Et ce dernier de tous, joui" fatal , solennel!
Qui doit nous assurer un repos éternel.
C'est là qu'on peut braver le sort et sa furie!
Là que s'explique enfin l'énigme de la vie ;
Et si, dans le néant... ce mot doit effrayer ;
Non , l'homme n'est pas fait pour mourir tout entier.
Et d'abord , si nos noms ont acquis quelque gloire ,
Nous pouvons vivre encor un instant dans l'histoire. Mais si la mort , levant un voile redouté , Nous donne le chemin de l'immortalité... Si l'Eternel réserve une ample récompense Aux vertus qui long-temps ont souffert en silence, S'il permet qu'à 1 instant où nos fers sont rompus, Nous pressentions déjà le bonheur des élus!... Si, dissipant enfin notre longue ignorance, Dieu ! Dieu ! se montre à nous dans toute sa puissance , Avec un tel espoir , qui peut craindre la mort ? C'est le méchant qui meurt; l'homme de bien s'endort.