‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 21 sur 184 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CLAVICO, STICOTTI.

CLAVICO.

Que viens-tu faire en ce lieu?. . . je t'avais défendu.

STICOTTI.

Rien ne peut me retenir quand votre intérêt l'exige. Laurence est près d'ici.

CLAVICO , effrayé.

Saurait-elle !...

STICOTTI.

Tout ; en vain j'ai voulu détourner ses soupçons, en vain j'ai tenté d'arrêter ses pas, elle venait faire

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un éclat qui aurait .renversé vos projets. Tout ce que j'ai pu obtenjr dello, c'est de vous attendre quelques instans dans une maison v usine. Elle veut absolument vous voir, vous parler, et si vous lardez trop, elle viendra jusque dans l'appartement de dona Maria réclamer votre cœur et vos sermens.

CLWICO.

Elle oserait...

STICOTTI.

Vous ne savez pas tous ses torts ! elle a déclaré à la duchesse d'Albc, maîtresse du Roi, et sa protectrice , son amour et vos anciens engagemens, faisant valoir la promesse de mariage qu'elle a su vous arracher. Elle prétend faire opposition à tous les nœuds que vous pourriez vouloir former désormais. M. de Beaumarchais lit en ce moment même une copie de l'acte imprudent que vous avez souscrit en sa faveur.

CLWICO.

Malheureux ! et tu n'as pu l'empêcher ?

STICOTTI.

J'ai tout essayé : prières , offres, promesses! « On n'achète point ma confiance, s'est - elle » écriée, on la mérite; je connais mes droits, je » saurai les soutenir. »

CLWICO.

Il fallait lui répondre que mon devoir...

STICOTTI.

« Son devoir, a-l-elle dit, est de lonir sa parole » et d'écouler son cœur. »

CLAVICO.

Que sa conduite...

STICOTTI.

« Est-ce à lui de me la reprocher? >»

CLAVICO.

Que sa naissance...

STICOTTI.

« Qu'il me nomme sa femme, et il n'en rougira » plus. »

CLAATCO.

Cet excès d'audace...

STICOTTI.

Est fait pour vous étonner; mais elle a pensé , sans doute , que c'était Tunique moyen qui lui restait pour vous rappeler à elle.

CLAVICO.

Elle ignore mes nouveaux engagemens, et cette déclaration que j'ai signée ce matin...

STICOTTI.

Cette déclaration... elle soutient qu'elle ne doit servir qu'à perdre vos adversaires.

CLAVICO.

Les perdre!... Et comment?. .

STICOTTI.

Connaissez jusqu'à quel point une femme hardie et passionnée peut porter le délire de la fureur. Laurence jalouse , égarée par l'amour, le dépit, a imaginé... a répandu, que dans cet appartement Beaumarchais faisant jouer les ressorts d'une coupable adresse , voulant tirer de vous un écrit pro-

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prc à servir ses astucieux projets, avait aposté un valet qui, à un signal convenu, est venu faire le récit concerté du prétendu évanouissement de dona Maria, que la porte, laissée ouverte à dessein, vous avait permis d'apercevoir la belle , mourante par l'ordre de son frère ; que ce spectacle bien joué, et très attendrissant, n'avait pas manque' son effet sur vous, et que , profitant alors de l'émotion... de la faiblesse de votre cœur, on vous avait arraché cet écrit.

CLAVICO , indigné.

Dieux! Et comment Laurence a-t-clle espéré prouver cette indigne imputation ?...

STICOTTI.

Elle en est sure , dit-elle.

CLAVICO , indigné.

Sûre !

STICOTTI.

Oui, des témoins, les domestiques qui étaient présens, et qui ont vu. . ou qui ont cru voir; avec de l'argent î... vous concevez!

CLAVICO.

Quelle infamie!

STICOTTI.

Elle est horrible, et je lui en témoignais ma juste indignation, lorsque d'elle-même elle s1est empressée de me dire : « Sticotti, ainsi que toi je » méprise la bassesse de ces misérables, mais leur «témoignage nous est utile, il faut en profiler; » triomphons d'abord , nous nous repentirons » après. »

CLAVICO.

Ces principes odieux....

STICOTTI.

M'ont révolté comme vous... « Mais, a-t-elle » continué, avec une voix émue, touchante même, » songe , mon cher Sticotti , que si ton maître » craint de tourner contre Beaumarchais les armes » que celui-ci s'est permis d'employer contre lui , » c'est la femme qui l'aime , celle qui peut l'élever » aux honneurs, à la fortune, c'est cette même » femme qu'il va perdre , déshonorer sans re- » tour... » En effet , je n'ai pu m'empêcher de convenir que si vous refusez d'appuyer son récit...

CLAVICO.

Si je le refuse!... moi, me prêter à une pareille fausseté ! Sticotti , as-tu pu le penser un instant ? Va dire à Laurence qu'elle se hâte de se rétracter ; ajoute encore que si la liberté , les jours de Beaumarchais couraient le moindre danger , j'irais moi-même le justifier et tout découvrir.

STICOTTI , finement , avec une vivacité affectée.

J'y vole... et quelle que soit sa colère, et les

Suites qui peuvent en résulter... (Revenant, et froidement.) Vous savez sans doute que c'est ce soir qu'elle devait demander et obtenir pour vous la place de trésorier de la marine , et que, d'après cette grâce (preuve de la plus haute faveur), vous pouviez prétendre à tout; et je vous voyais déjà... Mais...

CLAYICO , troublé.

Que dis-tu ?... Ce soir... j'aurais été nommé!...

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STICOTTI, fmcmenl.

Oui, c'était arrangé, et si on avait pu seulement différer voire mariage de quelques jours, la place une fois obtenue , Laurence salisfaite ou irompée. . . vous , de votre côté , acquérant par là l'appui de la favorite , les bontés du maître, y joignant les talens que le ciel vous a accordés , qui sait alors si ces Français , perdant toute espérance , ne renonceraient pas d euxmêmes à cette union, et ne se décideraient pas à accepter quelques dédommagemens.

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