C.IAVICO, bouillant
Des dédommagemens à Beaumarchais ! à sa sœur, si noble, si sensible!... Ah! tu ne les connais pas... Ma main seule peut payer la tendresse de Maria.
STICOTTI, finement.
Et sa tendresse alors... suffira sans doute pour vous dédommager de la place brillante , inespérée , à laquelle vous renoncez pour elle , je n'ai plus rien à dire... En effet, nous sommes maîtres de choisir notre bonheur, de borner notre carrière , de mépriser les faveurs du sort. Tout ce qui me reste à désirer c'est que vous ne vous soyez pas trompé dans ce calcul délicat et généreux , et que vous trouviez dans les jouissances paisibles et obscures d'un bon mariage...
CIAVICO, trouble.
Tais-toi , je ne veux plus t'entendre.
STTCOTTI , à part.
Il m'a bien entendu.
CLAVICO , troublé.
Va trouver Laurence... va la trouver ; moi je reste ici...
STICOTTI , à part.
Il craint de la voir, j'espère encore. ( Haut. ) J'y
COUrS. (Revenant.) M ais il me vient une idée. ( Comme
inspiré.) Eh! oui, que n'allez -vous plutôt vousmême?... L'habitude que vous avez de pénétrer, de connaître , de maîtriser les cœurs; oui, je vous ai vu en mille occasions difficiles, vous conduire avec une adresse, une prudence que j'admirais toujours ; moi , je craindrais de vous nuire en voulant vous servir... vous, au contraire, ménageant sa fierté, accordant sa tendresse avec vos intérêts, avec ceux de la vertueuse Maria... vous pourriez posséder cette place si long -temps désirée, sans pour cela renoncer à un hymen qui ne serait retardé que de quelques jours.
CLAVICO , ébranlé.
Non... non... c'est en vain que tu l'espères : il faut y renoncer.
STICOTTI , à part.
11 n'y renonce pas.
CLAVICO , lentement et avec émotion.
Je conviens qu'il serait possible que je réussisse mieux que toi à adoucir cette femme fière et dédaignée.
STICOTTI , avec hypocrisie.
Je le croyais ainsi... (a part. ) Il revient à nous.
52 BEAUMARCHAIS
CLAVICO.
A détourner quelque temps sa colère. . . ses soupçons.
STICOTTI.
C'est très vraisemblable.
Et peut-être , en effet , suis-je le seul qui , dans cette occasion..,
STICOTTI , mec force.
Le seul ! j'en suis sûr ; elle ne pourra vous résister. ( A part. ) Il est séduit.
CLAVICO , plus vivement.
Alors, j'irais simplement la voir un instant, pour lui faire entendre. .
STICOTTI.
Pour lui faire entendre. . . rien de plus, c'est bien mon avis. . . ( A part. ) Il la verra, c'est tout ce que je voulais. ( Haut. ) Mais hâtez-vous , songez que Laurence vous attend, et que , si elle sait servir l'amour, elle sait aussi le venger. (Clavico hésite,
laisse voir son trouble , regarde l'appartement de Maria... soupire et
part avec vitesse.) Grâces au ciel ! j'ai réussi , tout était perdu , s'il se fût obstiné à fuir l'enchanteresse ; mais il va la voir, et , malgré tous ses scrupules , on saura si bien l'enlacer , le séduire... il revient ; «lieux !... aurait-il changé d'avis...
CLAVICO , se rapprochant, très trouble.
Sticotti , j'ai oublié de le dire que Beaumarchais ne saurait que penser de mon absence : va donc le trouver ; tâche de m'excuser , de rejeter
sur un délire amoureux cette promesse fatale dont on vient de l'informer; (il s'éloigne et revient. ) dis- lui que je ne m'absente que pour aller assoupir à jamais cette malheureuse affaire : ( Il revient encore. ) de plus, assure -le que rien ne peut changer mes sentimens pour sa sœur, ni me faire manquer à la parole qu'il a reçue de moi.
STICOTTI , à part.
Et que tu ne lui tiendras pas , j'en réponds à présent. (Haut.) Je lui dirai , Monsieur ; comptez sur mon zèle. ( Clavico sort. )