EAU MARCHAI S
tre en liberté ce Français généreux... ( il sonne un valet de chambre rjuï (Mitre. ) Portez cela au commandant de Madrid. ( Le valet sort. ) Si , en effet , toute cette obscure intrigue avait été conduite sans 1 aveu de ce jeune homme ; s'il ignorait... Le voici. Pénétrons les replis de son cœur, poursuivons sans pitié la faute ; mais n'effrayons pas le repentir.
( II est assis près de son bureau. )
SGÈINE VII.
LE PRÉCÉDENT, CLAVICO, richement vêtu.
ÇLAVkcO.
Prenez part à ma joie , mon digne bienfaiteur , vous savez que le Roi a daigné me nommer à la place de trésorier de la marine : puissai-je la remplir de façon à justifier le choix qu'il a bien voulu faire de moi , et la protection que vous avez toujours consenti à «l'accorder...
M. WHALL , écrivant, et d'un ton de bonté.
J'avais déjà demandé cette place pour vous , Clavico ; mais je ne me flattais pas que vous puissiez sitôt l'obtenir... Enfin, vous voilà nommé, et je vous en félicite, car je pense bien que vous n'avez employé pour réussir que des moyens dignes de vous, et dont la plus scrupuleuse honnêteté n'aurait point à rougir.
Certainement, monsieur le Comte , je n'ai rien fait qui puisse...
M. WHALL, écrivant, et jetant à la dérobée \>> yeux sur Clavico.
Je vous crois, Clavico; j'aime à vous croire: car vous conviendrez qu'il serait a (freux pour moi de m 'apercevoir un jour que j'avais mal place' ma confiance.
CLAVICO, calme.
J'espère bien que jamais vous ne serez force de vous en repentir. Cette crainte...
M. WHALL , se levant.
N'est pas fondée, sans doute... Mais s'il arrivait, qu'c'garé par quelques passions... Celui que j aime put devenir moins honnête.
CLAVICO.
Monsieur le Comte, cette supposition affligeante ne peut me regarder.
M. WHALL.
Je le crois; mais enfin , si jamais la jeunesse , l'amour... l'ambition vous faisaient commettre une faute grave, et que le hasard vous servit assez pour vous faire trouver un instant, un seul instant avec moi... sans témoins... vous en profiteriez, n'est-ce pas , pour me faire un aveu sincère. On peut excuser un moment d'erreur, on ne pardonne pas une
imposture réfléchie... (Silence; ensuite avec bonté. ) Cla-
vico! vous n'avez rien à me dire?
Non, monsieur le Comte...
M. WHALL.
Rien à me dire , Clavico.
8o BEAUMARCHAIS,
CLAVICO.
Non, rien , je ne peux même eoncevoir pourquoi... Ah ! (Se rappelant.) à moins que vous ne vouliez me parler d'un mariage.
M. WHALL.
D'un mariage , peut-être bien... Continuez.
CLAVICO.
En effet , je devais épouser demain mademoiselle de Beaumarchais, jeune Française...
M. WHALL.
Belle , vertueuse , d'une famille recommandable , et dont l'alliance ne pouvait que vous honorer... Vous voyez que je suis plus instruit que vous ne le croyez.
CLAVICO.
Eh bien ! Monseigneur , ce mariage ne peut plus avoir lieu : c'est dona Maria elle-même qui rompt aujourd'hui notre union.
M. WHALL.
Elle!... comment? que dites- vous? Clavico , qu'osez-vous dire ?
CLAVICO.
Je ne vous trompe point. Deux fois je me suis présente chez dona Maria , deux fois on a refusé de me recevoir; j'ai appris qu'elle et son frère, outrés d'un engagement que j'avais souscrit autrefois à une femme attachée à la duchesse d'Alhe, s'étaient décidés à retourner en France , sans me prévenir, sans vouloir même écouter aucune justification. Voyant alors dona Maria perdue pour moi ; à mon
COMÉDIE. 8i
tour, outre- de douleur, de dépit, craignant d'offenser ma protectrice, de manquer le moment favorable où je pouvais profiter de ses bonte's , je n'ai pas cru devoir refuser la place et la main.
M. WH\LL.
O ciel ! et sans doute cette fuite de dona Maria, le courroux de son frère, vous ont été attestés par quelque personnage irrécusable, et du témoignage duquel il ne vous a pas été permis de douter...
CLWICO.
C'est Sticotti , qui, plein de zèle...
M. WHALL
Quoi! ce misérable Italien... cet intrigant.
CLWICO.
Il m'a protesté , répété plusieurs fois avec serment...
M. WHALL.
Et vous avez pu , sur une pareille autorité , rompre des liens sacrés, compromettre votre réputation , risquer de perdre l'estime... Ah! Clavico ! Clavico ! mais j entends du bruit... ce sont les gens attachés au service de la marine* qui viennent vous féliciter ; je les ai fait prévenir qu'ils vous trouveraient ici. Ne dérangeons rien à ce plan , et dès qu'ils seront éloignés, nous reprendrons notre entretien...
CLAVICO.
Je vous en conjure ; il est essentiel que je me justifie.
8» BEAUMARCHAIS
M. WHALL.
Je le* désire , je «lis plus... (Avec bonté.) Glavico ,
j'en ai besoin. .. maison vient.
( Toutes les portes s'ouvrent.)