‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 46 sur 184 · M. DE LE: COUR · texte numérisé non relu

M. DE LE: COUR

Et, sans doute, pour les faire passer encore plus vite , vous avez joué ?

AFLRED.

Et perdu... j'en conviens, mais le plus gaiement du inonde... Au reste, ces Messieurs nous ont promis notre revanche aujourd'hui même ! Ce sont les plus beaux joueurs !...

M. DE LERCOUR.

Oui , d'honnêtes gens tout-à-fait : et le cher Balzac , l'inséparable ! il était avec toi ?

ALFRED

Point de partie aimable sans lui , il est l'àme de nos plaisirs ; excellent officier ! Avec cela de l'originalité dans l'esprit , une gaieté imperturbable ; qu'il perde , qu'il gagne , il ne s'émeut de rien.

M. DE LERCOUR.

Tu n'en fais l'éloge que parce qu'il veut te faire épouser son étourdie de sœur.

ALFRED

Voilà ce qui vous trompe , jusqu'à présent il s'y est toujours opposé.

Pour t'en donner plus d'envie.

ALFRED

Vous le jugez mal ; il dit que nous ne sommes pas assez raisonnables.

M. DE LERCOUR.

Et pourquoi donc a-t-il permis que Mathilde

08 L'AMI GLERMONT,

prit un appartement dans cette maison? pourquoi

la laisse-t-il afficher pour toi une tendresse...

ALFRED

Parce qu'il n'a pas le pouvoir... de l'empêcher. Veuve d'un vieux mari , Mathilde est libre , et son frère n'a le droit que de lui donner des conseils.

M. DE LERCOUR.

Mais enfin , réponds : où t'ont conduit tes liaisons avec eux ? tu es accablé de dettes , une réputation détestable! et quand ton père apprendra...

ALFRED, effrayé.

J'espère qu'il ignore...

M. DE LERCOUR , poursu ivant.

Il sera désolé, quand il sera instruit de tes désordres.

ALFRED

Quoi ! mon oncle. . . vous auriez pu...

M. DE LERCOUR , s'animant par degrés.

Je ne lui ai rien caché , et quant à toi , puisque mes remontrances sont vaines, je ne t'en ferai plus. Suis ta destinée , cours à ta perte ; mais ne reviens pas ensuite gémir, supplier, je ne t'écouterai pas... je t'aimais; je t'aime encore peut-être ; mais je triompherai de cette faiblesse , j'en triompherai , et si j'apprends un jour ta ruine... ton infortune...

UN LAQUAIS entre

Monsieur, quelqu'un vous demande.

M. DE LERCOUR , au domestique.

J'y vais... (A son neveu.) Si je l'apprends, je ne verserai pas une seule larme sur tes malheurs.

COMÉDIE. <fJ

ALFRED

Mon oncle !

M. DE LERCOUR.

Non , pas une larme sur tes malheurs.

( Il sort très vite.)

Page 1