‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 48 sur 184 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

M. DE LERCOUR , M. DE NERVAN.

M. DE LERCO'FR , à son fi ère , et en les regardant s'e'loigner.

Vous pouvez entrer , ne craignez rien , mon frère , quand je parais, jamais ils ne m'attendent

io6 L'AMI CLERMONT,

M. DE NERVAN.

Enfin , je l'ai vu : c'est lui , je l'ai senti aux mouvemens de mon cœur! Cruel enfant, lu me punis de tes fautes, puisqu'elles m'empêchent de t'aller embrasser !

M. DE LERCOUR.

Quand il en sera digne à la bonne heure ; je vous le dis à regret ; mais je crains bien que ce ne soit un jeune homme perdu.

M. DE NERVAN.

Pour le condamner , mon frère , attendez que j'aie fait l'épreuve que je viens de vous confier. Mais avant de me présenter à lui , sous le nom d'un homme dont û vous a cent fois entendu parler avec éloge , de cet honnête caissier qui ne m'a jamais quitté, de l'ami Clcrmont, enfin (car c est ainsi que la famille le nomme ) , je voudrais avoir de vous quelques détails nécessaires sur le caractère de mon fds.

M. DE LERCOUR.

Il n'en a point.

M. DE NERVAN.

Sur sa société ?...

M. DE LERCOUR.

[1 ferait mieux de n'en pas avoir.

Il est bon?...

M. DE LERCOUR.

Faible !...

M. DE NKKN \N.

Généreux '

M. DE LERCOUR.

Prodigue !

M. DE NERVAN.

Brave ?

M. DE LERCOUR.

Militaire et Français!

M. DE NERVAN.

Cette jeune veuve ?

M. DE LERCOUR.

Vingt ans! jolie! évaporée! la tête vive! pas le sens commun !... Une femme la mode enfin! Ce terme est devenu significatif.

M. DE NERVAN.

Sa famille ?

M. DE LERCOUR.

Estimée.

Sa conduite ?

M. DE LERCOUR.

Inconséquente.

M. DE NERVAN.

Sa fortune ?

M. DE LERCOUR.

Médiocre.

M. DE NERVAN.

Ses mœurs ?

M. DE LERCOUR.

Je dois convenir qu'on n'en a jamais dit de mal.

M. DE NERVAN.

Et croyez -vous qu'elle aime Alfred de bonne foi?

io8 L'AMI CLERMONT,

M. DE LERCOUR.

Mais, oui , comme de pareilles têtes sont capables d'aimer : elle vient même de refuser pour lui un I rès riche parti , un M. Dorimond. Elle ne veut , dit-elle, donner sa main qu'avec son cœur.

M. DE NERVAN.

11 y a dans celte façon de penser de la délicatesse...

Ou de l'exagération.

M. DE NERVAN.

Je ne vois pas que le mal soit encore si grand que l'on ne puisse y remédier.

M. DE LERCOUR.

Oui , si l'on y emploie...

M. DE NERVAN.

La douceur et l'amitié.

M. DE LERCOUR.

Vous voilà , vous autres pères...

M. DE NERVAN, riant.

Incorrigibles ! c'est vrai , mon frère ; nous ne pouvons pas parvenir à être méchans.

M. DE LERCOUR.

Mais du moins il ne faut pas être faible. Vous n'imaginez pas jusqu'où va leur folie!... Je les entend ; tenez , vous allez voir.

M. DE NERVAN.

Je vous promets de ne rien dire.

SCÈJNE vm.

les précédens, MATHILDE, BALZAC, AXFRED.

Ah! c'est vous, M. de Lercour.

ALFRED

Mon cher oncle, nous venons pour vous prier d'être des nôtres.

MATHILDE

Oui, Monsieur, venez avec nous ; ce sera très curieux, une course de chevaux anglais, des paris énormes, et les deux plus imperceptibles jokeis de toute l'Europe ; il y a quinze jours qu'on les met au régime pour les rendre plus minces et plus légers.

M. DE LERCOUR, ironiquement.

Une proposition aussi agréable serait bien faite pour me décider, et surtout avec des personnes que je considère autant.

MATHILDE, bas.

Il a l'air de se moquer.

M. DE LERCOUR.

Vous avez d'ailleurs tant de plaisir à être avec moi, et la partie que vous m'offrez convient si bien à mon âge , à mes goûts!

BALZAC , bas.

Mais c'est qu'il se moque en effet!

M. DE LERCOUR.

Un seul obstacle m'arrête , et pourrait peut-être aussi déranger cette agréable partie.

no L'AMI CLERMONT,

Et quel obstacle ?

M. DE LERCOUR.

L'arrivée d'une personne qui m'intéresse beaucoup, de M. Clermont , ou plutôt de l'Ami Clermont...

ALFRED

L'Ami Clermont est en France ?

M. DE LERCOUR.

A Paris... devant vos yeux.

ALFRED , à M. de Nervan.

Vous! Quoi, c'est vous, mon cher Clermont, vous qui avez partagé avec mon père les soins donnés à mon enfance , vos traits sont effacés de ma mémoire , mais non pas les preuves d'affections que vous m'avez prodiguées! Que je vous embrasse donc.

M. DE NERVAN, très ému.

(Haut) Volontiers. (Bas.*) J'en mourais -d'envie...

( II l'embrasse. )

BALZAC , bas à Mathilde.

L'Ami Clermont! ceci devient sérieux.

ALFRED

Et comment se porte mon père? Pourquoi n'est-il pas revenu avec vous?

M. DE NERVAN.

11 est déjà d'un certain âge, et l'Amérique est bien loin de la France.

Je voudrais pourtant bien le revoir.

COMEDIE, m

M. DE NERVAN.

Nous irons le retrouver tous les deux.

MATHILDE , étouriliement.

Tous les trois.

BALZAC , riant.

Oh! l'Amérique est bien loin de la France.

ALFRED

Et recevez-vous bientôt de ses nouvelles?

M. DE NERVAN.

Aujourd hui même , le courrier de Bordeaux doit m'en apporter; mais Madame de'sire voir la course , et je serais bien fâché de retarder ses plaisirs et les vôtres, partez-donc.

ALFRED

Soit!... Nous nous reverrons bientôt.

M. DE NERVAN.

J'y compte.

ALFRED

Je serai ici dans quelques heures.

Pendant ce temps-là je prendrai un peu de repos.

ALFRED

Nous reparlerons de ce bon père.

M. DE NERVAN.

De lui... de vous... nous en reparlerons.

ALFRED

Sans adieu, mon bon, mon cher Clermonl : vous logerez ici ?

M. DE NERVAN.

C'est bien mon projet.

»i2 L'AMI CLERMONt,

ALFRED

Nous ne nous quitterons plus jamais.

M. DE NERVAN.

Je l'espère.

ALFRED, à Balzac

Il a une figure...

BALZAC

Excellente.

MATHILDE

Et qui prévient en sa faveur; mais l'heure nous presse , partons.

ALFRED , embrassant M. de Nervan.

Encore une fois , pour me consoler de vous

quitter Sitôt. ( Ils sortent.)

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