‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 60 sur 184 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DE NERVAN, M. DE LERCOUR.

M. DE NERVAN.

Apprenez- moi donc comment tout cela s'est passe.

x* M. DE LERCOUR.

Alfred avait joue', et perdu , Balzac aussi, et plaisantait comme à son ordinaire... La conversation est malheureusement revenue sur le funeste projet qu'a votre fils de quitter son état... Balzac lui a parle' avec l'énergie et la franchise d'un militaire, et a fini par se vanter de lui avoir rendu malgré lui le service le plus signalé , en empêchant sa démission de partir; Alfred déjà aigri par la perte qu'il venait de faire , humilié des discours de son ami , de la liberté qu'il avait prise , s'est exprimé en termes vifs et même très piquans... Il y avait des témoins , il a fallu sortir.

M. DE NERVAN.

Deux amis!... Eh bien? achevez.

i3G L'AMI CLERMONT,

Balzac y a mis une délicatesse , un sang-froid ; il ne faisait que parer, aussi a-t-il été bientôt blessé ; mais très légèrement ; on les a séparés , Alfred est revenu à la raison , la blessure de son ami , quoique peu dangereuse , a fait une profonde impression sur lui ; ils se sont embrassés mille fois en se demandant mutuellement pardon.

M. DE NERVAN.

Quelle imprudence ; mais que la jeunesse est aimable, même dans ses étourderies.

M. DE LERCOUR.

Oui, va le louer, à présent, lorsqu'il faudrait.

M. DE NERVAN.

J'ai tort, et je reviens à mon rôle de Clermont ; oui, je lui laisserai croire que sa démission est partie : sa perte au jeu , le combat qu'il se reproche , les suites de sa faiblesse pour Mathilde , tous ces incidens concourreront à l'exécution de mes projets, et lorsque j'y ajouterai le courroux, l'abandon de son père... Je vais le retrouver, et si Mathilde vient, comme elle est plus imprudente que coupable, et qu'elle ne sait rien encore de ce qui s'est passé, ménagez la faiblesse de son sexe, ne lui dites pas...

M. DE LERCOUR.

Soit, je ferai de mon mieux... Mais c'est elle pourtant qui...

M. DE NERVAN.

Elle est femme, elle est malheureuse, il n'est

pas de moment dans la vie où ces deux titres ne doivent être respectés. (Il sort. )

SCÈKE II.

M. DE LERCOUR.

Tout cela est fort bien dit ; mais avec ces beaux principes on est dupe et on doit l'être... Ah ! par exemple , si j'avais l'honneur d'être le père de M. Alfred, je le laisserais mettre en un lieu sûr assez long-temps pour qu'il pût y bien réfléchir sur toutes ses sottises , et ne plus être tenté de les recommencer. Je ne blâme personne, chacun fait comme il l'entend ; mais je soutiendrai toujours que si l'on a raison quand on pardonne , on n'a pas tort lorsqu'on punit. Au reste , je désire que mon frère réussisse , car j'aime Alfred , et je crois que je ne crie autant que parce que son père ne crie pas assez. Voilà notre jeune folle , elle ne sait rien , ne se doute de rien ! Souvenons-nous de la recommandation de mon frère. (Copiant M. de Nervan.) Elle

est femme , elle est malheureuse... (Riant.) C'est ça! mettons beaucoup de prudence et de ménagement , comme je le lui ai promis.

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