ROSINE, CÉPHISE
ROSINE , à part.
La voici ; épions l'instant et ne précipitons rien.
CEPHISE , plongée dans la rêverie.
Je ne regrette pas Solange , assurément !
ROSINE, à part.
[1 y a plus de vanité que de vérité dans ce discours-là.
CÉPHISE
C'est une rupture décidée ; il n'a jamais été si long-temps sans venir me demander pardon.
ROSINE , à part.
Comme le temps paraît long quand on aime !
CÉPHISE
Ne dirait-on pas que le Chevalier serait un homme dangereux ! Parce qu'il est léger... étourdi. . . au fond , je suis sure qu'il me respecte , et que d'un mot je saurais lui imposer.
ROSINE , à part.
Ah ! je voudrais bien entendre ce mot-là l
i9o C ÉPUISE,
CÉPHISE
Vous voilà , Piosine!. . . Avez- vous rencontra mon père... et M. Solange ?
ROSINE
J'ignore où est monsieur le Éaron... Mais pour monsieur Solange , je pense bien qu'à présent... il doit être parti.
cÉPniSE..
Comment ! parti ?
ROSINE
Oui, aujourd'hui vous en êtes délivrée.
Parti, tout-à-fait?
ROSINE
Oui... parti.!, ce qu'on appelle parti...
CÉPHISE
Et vous ne prévoyez pas les raisons de ce départ précipité.
ROSINE
Qui sait ? caprice , fantaisie , excès de sensibilité... Cet homme !... Oh! à la place de Madame, je ne m'en affecterais pas plus...
CÉPHISE
Et qui vous dit que je m'en affecte ?... Partir ainsi sans me prévenir ! Il ne se pique guère de procédés... Mais il fait bien , très bien... Avec ses amis il faut agir sans façon... (La fixant avec curiosité.) Peut -être n'est-ce qu'un voyage de quelques jours?
COMEDIE. i.jl
ROSINE , affirmativement.
Non, non. On dit que c'est pour tout- à- fait qu'il va...
CEPHISE , avec humeur.
Vous assurez cela... sans savoir, je gagc.il croit me piquer!... (Elle sourit amèrement.) Il serait bien étonné s'il voyait mon indifférence.
ROSINE
Ah ! oui.
Il est tard ?
ROSINE
Oh ! non.
CÉPHISE
Je vous dis qu'il est tard , moi . . . regardez. . .
il est. • • ( Elle tire sa montre. )
ROSINE , avec malice.
Pas encore deux heures.
CÉPHISE , sèchement.
Elle retarde.
ROSINE , avec l'air malin.
Ah!
CÉPHISE
Il faut achever ma toilette. Je n'ai jamais été si peu en train de m'amuser.
ROSINE
Cela viendra.
CÉPHISE
Je sens que je serai maussade.
ROSINE , d'un air malin , comme n'en croyant rien.
Bon!
iy2 CÉPHISE,
CE PHISE.
Je resterai. (Rosine Ht.) Eh bien! sans doute, je resterai. Cela vous surprend... Je veux tenir compagnie à mon père ; rien n'est si naturel.
ROSINE
Ah ! l'amour filial est si respectable !
CÉPHISE
Je n'y suis pour personne... Mes livres... non , je veux mon ecritoire... mes papiers. . .
ROSINE , comme par ressouvenir.
Le Chevalier n'a-t-il pas promis à Madame?
CÉPHISE
Je n'aime pas les questions. • . Je vous ai demandé mes papiers. . . mon ecritoire. . .Eh bien! Mademoiselle , restez ; je vais moi-même . . .
ROSINE
Mais, Madame, les voici sous vos yeux, l'écritoire sur la table, les papiers dans le tiroir.
CÉPHISE
Cela suffit... J'entends du bruit , n'est-ce pas?... Il faut tout vous dire!... Mais voyez donc.
ROSINE
J'ai vu ; c'est une visite.
CÉPHISE
Qui donc? Pourquoi ne pas nommer? Est-ce lui?
Oui , Madame ; c'est M. le Chevalier.
CÉPHISE
Ah ! tant mieux !
COMÉDIE. i93
ROSINE , à pari.
C'est-à-dire , tant pis.
CÉPHISE
Mon métier... Approchez donc mon métier. . . Vous êtes aujourd'hui d'une lenteur. . .
ROSINE
Et Madame d'une vivacité'. . .
CÉPHISE
Ne semhle-t-il pas que je lui ai dit des choses étonnantes?... Non , Rosine, si j'ai de l'humeur, ce n'est pas vous qui la causez. Je vous aime , je vous considère, et je vous le prouverai dans toutes les occasions.
ROSINE
Ah ! j'ai retrouvé ma maîtresse.