CÉPHISE, ROSINE, LE BARON, SOLANGE
( Le Baron et Solange se tiennent éloignes derrière la chaise de Céphîse , qui doit être assise le dos tourne à la porte , la tète ap— puye'e d'une main , de l'autre elle tient la lettre du Baron qu'elle lit avec âme , en s'arrètant par sensibilité.)
CÉPHISE
« Ce n'est pas sans le plus vif chagrin que je me » sépare de toi. Celui qui t'adore , et que j'estime, » m'a conté ses peines. Je les partage. Je riais » tantôt de votre querelle : pouvais-je m'imaginer »> que ma fille sacrifierait au faible intérêt de sa » vanité , un homme que je regarde comme mon » ami, et qui était digne d'être le sien. Rester » lorsqu'il te quitte, ce serait approuver la con- » duite, et elle a blessé mon cœur... Adieu , puis-
■uo CÉPHISE,
» ses-tu employer les ressources de L'esprit à te » consoler de notre absence. Si l illusion *o dis- » sipe , si la raison te parle , reviens rendre à ton » père sa bonne humeur et sa Céphise. Dans tous »> les temps mes bras te seront ouverts. » O mon père ! mon père !
ROSINE , bas , allant vers le Baron.
Il est temps de finir sa peine.
SOLANGE, bas.
Et la mienne.
CÉP1IISE, continuant.
Oui , je suis décidée , je ne puis vivre sans eux... j'irai les trouver dans leur terre. Le sacrifice est dur, mais je le dois à l'amitié.
{ Elle se lève sans les apercevoir, s'avance sur la scène , Solange et le Baron sont derrière elle.)
Croire que je suis insensible ! ah! Solange, que ne pouvez-vous lire dans mon cœur!
SOLANGE , s'avançant , et se jetant aux genoux île Cephise.
Y lirai-je mon bonheur?
cÉPniSE.
Solange, c'est vous! où me cacher?
LE BARON , s'avançant , et la recevant dans ses bras.
Dans les bras de ton père.
CEPHISE , dans les bras de son père , et la main dans celle de Solange, encore à genoux.
Mon père! vous êtes ici! Pourquoi affliger votre fille? cette lettre cruelle...
LE BARON
Elle pleure , Solange... Ne pleure pas , mon en-
COMÉDIE. an
fant, c'est une épreuve... Dis-lui donc , Solange , dis-lui... je ne prétends pas que ma fille puisse un seul instant m'en vouloir.
SOLANGE
La violence de mon amour a fait tout tenter... Ah! Céphise , si vous m'aimez encore , j'ose croire que je suis excusé.
CEPHISE.
Monsieur...
LE BARON
Ne vas-tu pas à présent le gronder? Commence par le rendre heureux... quitte à le punir après.
CÉPHISE
Mon père, n'exigez-pas...
SOLANGE
Mon cher Baron , exigez.
LE EARON.
Tu souris!... eh bien!... tu lui pardonnes?
Non... mais je l'épouse...
LE BARON
C'est bien mieux. Viens que je t'embrasse.
SOLANGE
Je tombe à vos genoux.