‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 97 sur 184 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FINTAC, CÉLICOUR.

FINTAC.

Nous voilà seuls... ton bon homme de père A suivi mes conseils; il a de bons momens : Mais il t'aurait perdu ; c'est une chose claire. Que pouvait-il t'apprendre ? Il n'a que du bon sens.

CÉLICOUR.

Après avoir servi vingt ans, Portant de la valeur la marque auguste et chère, Pour élever ses fils... il cultive sa terre , Et croit encor bien employer son temps.

FINTAC , un peu surpris.

Soit , il n'est permis qu'aux savans De demeurer célibataires; Leurs ouvrages sont leurs enfans.

CÉLICOUR , souriant.

Ces enfans quelquefois font grand tort à leurs pères.

FINTAC , étonné.

Oui, quelquefois... mais... pour dernière loi , Suis les conseils d'un connaisseur habile, Eclairé , plein de goût , estimé dans la ville.

CÉLICOUR.

Ah! daignez m'enseigner ce divin mortel!

FINTAC.

Moi.

Moi , que l'on sait avoir passé ma vie

Avec tous les savans qu'a produit ma patrie ; Moi , dont on a gravé vingt portraits ressemblans! Qui juge sans appel , depuis plus de trente ans , Peintres , Auteurs, Acteurs, musique , poésie ; Moi , Connaisseur , enfin!... tu ne t'en doutais pas?

CKLICOUR , revenant à lui.

Pardonnez-moi : vraiment... votre nièce est charmante Et l'on ne sait qui le plus nous enchante De son esprit , ou bien de ses appas.

FINTAC.

De l'esprit! Non , ce n'est qu'une fumée. Je désirais l'élever avec soin ; Sa folle humeur, sa tète peu formée, De ce que j'attendais , sont encore bien loin. Je lui donnai d'abord quelques livres d'histoire : Après les avoir lus, elles les brûla tous, En me disant: « Du sort, plus j'admire les coups, » Plus je suis disposée à croire » Que ces victimes de la gloire » Etaient d'heureux brigands , ou de célèbres fous.. » Tu ris!... Or, pour fixer celte tête légère , La morale est alors ma ressource dernière. Elle soutient que son vieux nourricier En sait tout autant que Socrate :

Qu'envers moi, sans étudier, Son cœur lui dit assez de n'être pas ingrate ;

Que la morale est d'un faible pouvoir Pour l'âme sans principe et sans reconnaissance : Que la vertu n'est pas une science , Et qu'il faut que la bienfaisance

COMÉDÏE. 233

Soit toujours un plaisir , et jamais un devoir.

Ce système a du bon ; mais, en cela, l'enfance

Se fait encore apercevoir :

Tout cela peut passer. Un bon mari, je pense ,

Mieux que tous mes avis, remplira mon espoir,

célicotir.

Un mari! quoi !.,.

FINTAC.

C'est une bonne idée , N'est-il pas vrai ?

CÉLICOUR.

Je la trouve fondée , Pourvu que le mari que vous lui destinez ; Brûlant d'amour et de reconnaissance , Ne veuille user de sa puissance , Que pour remire ses jours à jamais fortunés ; Que , sachant estimer l'épouse qu'il adore,

Sa gloire soit de lui céder ; Qu'il sente enfin , qu'il est plus doux encore D'obéir à l'amour , que de lui commander.

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