‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 96 sur 184 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES PRÉCÉDENS , FINTAC.

FINTAC , à Célicour.

Pardon, mon cher, j'étais à résoudre un problême Bien difficile et bien intéressant...

a2G LE CONNAISSEUR,

Embrasse-moi cent fois, mon cher enfant.

La tendresse m'unit de tout temps à ton père : Puissent mes soins, mon amitié sincère, Te consoler de quitter ton pays!...

J'en suis dédommagé , si j'obtiens vos avis.

FINTAC.

Oh! je t'en donnerai; je sais qu'en ta province

Tu t'es déjà fait quelqu honneur :

On s'y connaît... à la rigueur.

On a même du goût ;... mais c'est un goût si mince ! Et pourvu que l'on ait des amis, du bon vin, Des cartes, du beau temps, de fréquentes nouvelles, Des époux amoureux , des épouses fulelles, Des caquets, des enfans,... quelques vertus enfin!... Mais, ici , l'on a pris un tout autre chemin. Tu verras les progrès de la philsoophie ; Des fers du préjugé nous l'avons affranchie :

Et cela, du soir au matin.

Le succès était sûr : c'est le droit du génie ,

De changer , à sa fantaisie ,

Les opinions et les mœurs.

Les hommes, jusqu'ici, n'en semblent pas meilleurs; J'en ignore la cause, et par fois je m'étonne De ce que nous voyons , depuis que l'on raisonne , Autant de grands esprits, et si peu de bons cœurs. Tout cela doit changer ; car, sans perdre courage , Nous travaillons à force au bonheur des humains, Nous serons avant peu tous de petits Romains. On nous blâme à présent : mais ce n'est qu'un orage,

COMEDIE. . 2a7

Et le siècle qui vient , plus éclaire, plus sage , A nos travaux, enfin, dressera des autels; Morts aujourd'hui... demain nous serons immortels. Tâche donc d'oublier tout ce qu'on sut Rapprendre.

CELICOUR , regardant Agathe.

Que n'oublierais-'jepas? Bien loin de m'en défendre, Je jure, en ce séjour, d'oublier l'univers!

Voyez où nous conduit la passion des vers!

CELICOUR , regardant Agathe.

Je ne sais si c'est l'air qu'en ces lieux on respire ; Mais chaque instant y semble augmenter mon ardeur. Sans doute c'est un Dieu qui m'éclaire et m'inspire; J'en juge par le feu qui pénètre mon cœur.

FINTAC.

L'enthousiasme est clair : lisez sur son visage.

Ah! ah!... j'ai du tact... je suis fin. Et dis-moi , Célicour : à peu près, à quel âge

As-tu senti ce feu divin?...

CÉLICOUR.

L'an passé.

FINTAC , riant en lui-même.

Bon!

CÉLICOUR.

Je connus qu'en mon âme , Jl venait s'allumer pour la première fois.

FINTAC.

C'est comme moi.

CÉLICOUR.

Chaque jour , il m'enflamme...

J'ose pourtant résister à ses lois...

( A Agathe.)

Mais, contre un tel projet , bientôt mon cœur réclame.

FINTAC.

C'est comme moi !

ceucour.

L'ennui flétrit mes ans.

Je crois que la raison reprendra son empire ; Tous mes efforts sont vains, mon cœur s'émeut, soupire.

( Regardant Agathe. )

Je viens ici, je vous vois, et je sens Que c'est d'aujourd'hui qu'il respire.

FINTAC.

Tout comme moi : c'est l'air de ce pays!

CELICOUR , s'animant.

Non ; c'est votre maison : les talens réunis , Les grâces, les vertus, ont fixé leur empire;... L'autel est dans mon cœur, et la divinité...

FINTAC , croyant que c'est lui.

Eh ! mon ami! paix donc : ah! c'est trop de bonté. Je crains toujours qu'on ne me flatte... Même en disant la vérité.

( Comme revenant d'une distraction. )

A propos, j'oubliais... pardon! ma chère Agathe,

Moi , je suis tout à mes amis ; Et je ne pensais pas à ton impatience.

(Donnant les clefs de son cabinet à Lisette. ;

Profitez, mes enfans, du fruit de ma science ; Ne brisez rien, au moins! tout est divin, exquis, Et le désordre même y donne encore du prix.

Le génie est un feu dont l'active puissance Ne peut se... renfermer... L'ordre, je vous le dis,

Prouve une étroite intelligence.

Dans ce cabinet précieux , On ne sait où placer les pieds, les mains, les yeux. On crie à chaque pas : Bon! mieux; encore mieux! Ici , c'est un crystal ; là , c est un astrolabe ; Tout près, des papillons; plus loin, un livre arabe : Des simples, des creusets, une esquisse, un dessin ; Le matin , je suis peintre, et le soir, médecin.

(A Agathe et à Lisette. )

Rien ne m'est étranger... Quoi! vous restez en place ?

AGATHE , finement , et voulant rester.

Mais , vous nous avez fait tant de fois cette grâce ! Nous craignons d'abuser...

FINTAC.

Eh ! non ; cela vous plaît.

Ce jour est au public; j'ouvre mon cabinet. Qu'on entre ! qu'on admire !... O ma patrie !... ô France ! De mon amour pour toi, vois quelle est la puissance.

( Avec enthousiasme.)

J'ai surpris la nature et pillé l'univers. J'ai sondé l'Océan , les cieux se sont ouverts.

( Confi détriment à Ctlicour. )

Encor ces jours-ci , la cornette Incognito passait sur l'horizon ; Par bonheur, j'étais là ;... je la vois ,... je la guette ; Je forme ma combinaison :

On me conteste , j'ai raison , Et je suis mis sur la gazette.

tom. ni. i5

23o LE CONNAISSEUR,

On ne fait pas un mouvement,

Ou dans le ciel, ou sur la terre ;

Il n'est pas un événement ,

Soit pour la paix, soit pour la guerre,

Dont je ne sois instruit avant.

CÉLICOUR.

Vous êtes un prodige.

FINTAC.

On me le dit souvent.

Elles restent! voyez... c'est un charme , un aimant, Qui près de moi les relient , les attire!

( Aux deux femmes.)

Fuyez-moi , je le veux.

AGATHE , voulant rester.

Mon oncle...

FINTAC , bas à Célîcour.

Elle soupire !

AGATHE , à part , et riant.

Il est temps que je me retire ; Car il lui dirait mon secret.

FINTAC , à Agathe et à Lisette.

Allez, voyez bien tout dans un respect muet. Heureux qui peut encor s'instruire!

Je sais tout , c'est mon grand regret.

( Elles sortent. ) CELICOUR. , voulant s'échapper.

Permettez qu'à mon tour, jelessuiveet j'admire!...

FINTAC.

Non : dans un autre temps , je saurai t'y conduire ; Nous pourrons y passer le matin et le soir , Et puis le lendemain... retourner le revoir...

CELICOUB , à part.

Ah! ciel!

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