‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 101 sur 272 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

M. JULLEFORT, en jetant un cri.

Ah! mon Dieu, mon Dieu! que me dites- vous là. ( Grand repo». ) Ce sout dcs choses qui n'arrivent qu'à moi.

(A part.) Que je suis malheureux! (Après nnintervaUe,baat et

vivement.) Mademoiselle, il faut lui conseiller de cacher quelque temps sa situation, précipiter votre mariage, doubler votra dot; c'est un moyen sûr pour se réserver une planche dans le naufrage. Le douaire des filles est une chose qui passe avant tous les créanciers, et qui leur donne un pied de nez... en faisant le douaire très considérable.

Mon père ne suivra pas ce conseil , monsieur : il aurait pu vous laisser ignorer son infortune et vous tromper ': mais loin de lui ce vil artifice.

M. JULLEFORT, à part.

Ah ! je l'ai échappé belle. (Haut et d*uu ton en colère.) Mais comment s'est-il aussi aventuré?... il a manqué de prudence. A son âge faire des sottises, des extravagances de cette force! Ah! cela n'est pas pardonnable.

MADEMOISELLE DELOMER.

Il est des commerces sujets à de pareils revers, et l'on n'y prospère qu'à force d'avancer des fonds; il était à la veille d'une rentrée considérable.

M. JULLEFORT.

D'une rentrée considérable! Il faut les pendre, ces coquins, ces misérables là.

MADEMOISELLE DELOMER.

Ils ne sont que malheureux comme nous.

ryo LA BROUETTE DU VINAIGRIER.

M. JULLEFORT.

Point de grâce, point de grâce. La fortune m'est bien cruelle... Mais je suis furieux contre votre père, il mérite les reproches les plus sanglans... au lieu de garder son argent dans son coffre.

MADEMOISELLE DELOMER.

Qui de nous sait lire dans l'avenir?

Mais, mademoiselle, c'est que c'est une perte irréparable... Votre père est, en vérité... il est... non, vous avez beau dire, je ne lui pardonnerai de ma vie.

MADEMOISELLE DELOMER, d'un ton ferme.

Gardez- VOUS de rien dire, monsieur, qui puisse le blesser; c'est prendre aussi trop vivement mes intérêts. Mon père ne vous fait aucun tort, je crois; il travaille actuellement au tableau de ses dettes, et nous entrevoyons avec plaisir^ que nos biens suffiront pour payer.

M. JULLEFORT.

Et votre dot, mademoiselle, votre dot?... c'est plutôt pour vous que je parle , que pour moi ; il vous

faut toujours une dot dans tous les cas possibles

Mais je n'y songeais pas: vous avez au moins des oncles, des tantes, plusieurs parens enfin dont les successions réunies pourraient former... et réparer...

MADEMOISELLE DELOMER.

Non, monsieur, je n'ai personne, je n'attends rien de personne : mon père était tout pour moi, et ce n'est que sur lui que je répands des larmes.

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