‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 105 sur 272 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

DOMINIQUÎ FILS.

Vous choisissez bien votre temps, et encore mieux le lieu.

DOMINIQUE PÈRE

Va, va, Dominique; ne te mets en peine de rien; laisse-moi faire seulement... tu verras, tu verras.

DOMINIQUE FILS

Quoi! cet habit de travail, ce baril, cette brouette dans une salle frottée!

DOMINIQUE PÈRE, le contrefaisant.

Oui, dans une salle frottée; voyez le grand mal!... Eh bien! le frotteur recommencera... ce baril te fait pitié, te fait hausser les épaules; va, va, mon garçon, c'est un petit supplément à mes paroles, qui ne nuira pas, je pense : on réussit toujours bien, dans quelque affaire que ce soit, quand on n'arrive pas les mains vides. D'ailleurs, j'ai pour principe de ne jamais abandonner ma marchandise ; et cet accoutrement qui t'offense, c'est là mon habit d'honneur, entends -tu? Je ne suis jamais plus hardi que comme cela.

DOMINIQUE FILS

Vous avez résolu de m'éprouver, mon père, mais j'ai peur que vous ne manquiez aux convenances reçues dans le monde.

Oh! tu es amoureux?... Je veux te guérir... je veux te guérir absolument... je le veux.

DOMINIQUE FILS

Ecoutez - moi , de grâce; M. Delomer n'est pas de bonne humeur aujourd'hui.

DOMINIQUE PillE.

Oh! son humeur changera.

DOMINIQUE FILS

Ah! vous ne savez pas...

DOMINIQUE PÈRE

Eh bien! quoi! qu'est-ce que je ne sais pas?

DOMINIQUE FILS

Qu'il ne m'est peut-être pas tout à fait défendu d'espérer.

DOMINIQUE PÈRE

Ah! bon : j'écoute cela... tu ne m'as jamais menti; tu t'es bien assuré d'avance que, s'il ne dépendait que de son choix , mademoiselle Delomer te préférerait h celui qu'on lui destine?... prends garde, au moins, prends garde...

DOMINIQUE FILS

Oh!... oui, oui, mon père.

DOMINIQUE PERE, se frottant les mains , et se promenant.

Tout est dit; c'est là le principal : allons, allons, mon garçon; tout ira bien... je te l'ai dit tantôt; tu l'auras, ma foi, tu l'auras...

DOMINIQUE FILS, lesuivant.

Voyez dans quel danger vous me mettez, en exposant votre état aussi publiquement; vous faites apercevoir davantage la disproportion qui se trouve entre vos fortunes : cela vous amuse, vous semble plaisant,

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