SCENE PREMIÈRE
MADAME DORTIGNI, M. DORTIGNI, enrobe
de chambre, avec un bonnet de velours brodé en or.
( M. Oortigni est devant un secrétaire couvert de papiers ; madame Dortigni, en négligé, est assise de l'autre côté, près d'une table.)
DORTIGNI.
Vous perdîtes beaucoup au jeu hier, madame: je ne vous confierai plus mon argent.
MADAME DORTIGiri.
Que vous êtes maussade ! Vous ne tenez pas compte des jours où je gagne.
DORTIGiri.
Il ne faut jamais perdre, madame, entendez-vous?
MADAME DORTIGNI.
Vous ne risquez rien de m'avancer pour aujourd'hui cent louis ; nous serons de moitié. Je jouerai avec Artémise : c'est la folle la plus étourdie... Donnez -moi cent louis, vous dis- je; je vous réponds que j'en gagnerai mille, et nous partagerons.
DORTIGNI.
A la bonne heure. Choisissez vos adversaires ; ne jouez point avec ces gens froids, réservés, attentifs, qui observent tous les coups : faites la partie avec des
têtes évaporées, des gens distraits voilà les bons
joueurs.
MADAME DORTIGNI.
Oh! laissez-moi faire.
Mais, madame, il est temps que je vous fasse une très sérieuse répriniande sur l'excès de vos dépenses.
MADAME DORTIGNI.
Mais, monsieur, faut-il vous répéter ce que je vous ai dit cent fois? Votre extrême économie ne regarde que moi. Et votre table, monsieur... votre table?
DORTIGNI.
N'en jouissez-vous pas , madame ? Vous savez que l'on conclut beaucoup plus d'affaires, sans mot dire ', à table qu'à la bourse. Mais vos parures, madame, cela est effroyable.
I. C'est au contraire parce que Ton parle à sou aise à (ahle, qiie Ton coudut des aiflaires.