ACTE I, SCENE I. aaS
MADAME DORTIGNI.
Parle-t-on de cela?
DORTIGNI.
Plus de cinq cents louis d'or par an pour des marchandes de modes!
MADAME DORTIGNI*
Il faut bien soutenir un luxe nécessaire... Aussi je vous seconde de tout mon pouvoir. Je vous ai ménagé l'affaire du petit marquis : lui avez-vous prêté ?
DORTIGNI.
Oui.
MADAME DORTIGNI.
Avec caution, intérêts d'avance?
Oui, madame; et qui plus est, nantissement ^ Je songe à tout.
MADAME DORTIGNI.
A merveille.
DORTIGNI.
Mais à propos, ma dame, j'ai à vous consulter; car vous avez le sens si droit!... Sur quelle tête placeronsnous cet argent * ? Il a été décidé entre nous que ce serait à fonds perdu.
MADAME DORTIGNI.
Oui, monsieur, s'il vous plaît... Je le veux.
1. Quand on a prêté avec caution, un nanlissement nVst pas nécessaire, et vice versa; c'est bien assez, et avec les deux cela ne se fait jamais.
2. Quel argent ? Il faudrait ajouter quelque chose , et dire , par exemple , « cet argent qui nous reste. »
DORTIGNI.
Cherchons un individu bien vivace.
MADAME DORTIGNI.
Ils sont rares ; mais je vais vous en indiquer un qui me paraît devoir vivre cent ans. Plaçons sur la tête de ce jeune duc...
DORTIGNI.
Pourquoi lui plutôt qu'un autre, madame?
C'est que ce jeune duc est grand chasseur, fort sot, fait beaucoup d'exercice, n'ouvre jamais un livre, et, n'ayant rien dans la tête , doit vivre long-temps et en pleine santé.
DORTIGNI.
J'admire la justesse de votre coup d'œil.
MADAME DORTIGNI.
C'est, VOUS dis -je, un excellent tempérament, propre à servir de base solide à des rentiers calculateurs.
DORTIGNI.
Allons, demain cinquante mille francs sur la tête du jeune duc. Vous m'en répondez, madame.
MAD/IME DORTIGNI.
Suivez tous mes conseils. Ne hantez jamais que les riches, et point d'autres; car, dans le fond, il n'y a rien à gagner qu'avec eux.
DORTIGNI.
Je le sais bien.