‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 129 sur 272 · ACTE I, SCÈNE I. aaS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. aaS

MADAME DORTIGWI.

Ne prenez aucune sorte d'engagement, qu'après y avoir mûrement réfléchi. Soyez en règle, et surtout dans les plus petites choses; les grandes se recpmmandent d'elles-mêmes.

Parbleu! madame, je n'égare point le moindre petit papier; car il peut être dans la suite d'une extrême

conséquence Tenez, par exemple, voici une lettre

curieuse que j'ai retrouvée ,en relisant mes anciens papiers. Le croiriez-vous? elle date de près de vingt-un ans; elle est d'un mien cousin -germain qui fut, vers ce temps là, chercher la fortune, ou plutôt le 'trépas au Nouveau-Monde.

MADAME DORTIGNI.

Et comment savez-vous qu*il est mort?

DORTIGNI.

C'est qu'il ne m'a jamais rien demandé, madame.

MADAME DORTIGNI.

Oh ! cela équivaut à un extrait mortuaire.

DORTIGNI.

Il brillait à Paris dans les sociétés : il dédaignait la fortune , et puis il est mort de misère.

MADAME DORTIGNI.

Mais il me semble qu'il avait assez de ressemblance avec votre chère sœur, qui se pique de connaître les

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2a6 L'HABITANT DE LA GUADELOUPE.

livres, et d'être au fait de la littérature ^.. A propos, avez-vous de ses nouvelles?

DORTIGNI.

Oui, elle va mieux.

MA.DAMË DORTIGNI.

C'est une précieuse , entendez-vous , et qui m'ennuie étrangement !

DORTIGiri.

Mais nous ne la voyons plus; et chacun de son côté me semble fort satisfait... Ainsi...

MADAME DORTIGNI.

A son aise... Elle a l'orgueil insolent de passer pour une bonne mère, avec ses deux marmots en bas âge, qu'elle mène partout. J'ai bien besoin de cela, moi! Elle semble dire : Voyez comme je les élève, comme je ne les perds pas de vue un seul instant, comme j'écai*te les dangers de leur innocente enfance!... Vous ne faites pas de même, ma belle-sœur... Oh! on ne saurait y tenir. D'ailleurs elle est d'un triste, d'un mélancolique ! soupirant toujours après son époux défunt.

DORTIGNI.

Elle a lieu de soupirer : le défunt ne lui a laissé qu'une fortune très modique; mais elle l'a voulu. Je le lui avais prédit : j'eus beau lui dire dans le temps : «Il n'est pas riche, ma sœur; prenez garde; c'est « bien le plus grand défaut qu'un homme puisse avoir.»

I . On croirait que cette sœur est un bel esprit ou une littératrice , et Tun verra par la suite cprelle ne manifeste rien de tout cela.

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