VA N G LE W NE
J'étais établi à la Guadeloupe.
DORTIGNI.
A la Guadeloupe, soit, monsieur. ( a part.) Va, retourne aux antipodes...
VANGLENNE.
J'avais amassé quelque chos^e avec beaucoup de peine... Daignez prêter l'oreille à ma triste infortune. Ayant eu le malheur de perdre ma femme et mon fils, et n'ayant plus rien qui m'attachât à un pays étranger, je résolus de revenir en France. L'amour
de la patrie parlait vivement à mon cœur. C'est le dernier sentiment qui s'éteigne; il faut être séparé de sa patrie pour sentir combien elle reçoit de charmes dans son éloignement.
LIADAME DORTIGNI, à part.
Ah ! quel insupportable début !
VANGLENITE.
Mon vaisseau, chargé de toute ma fortune, modique à la vérité, mais qui suffisait à mes désirs, a fait naufrage sur les côtes d'Espagne. J'ai tout perdu; mon malheur est constaté par les papiers publics. Le
vaisseau la Licorne Dix de mes compagnons de
voyage se sont noyés en voulant sauver les malheureux débris de leur fortune.
MADAME DORTIGNI.
Ils sont, après tout, fort heureux. Puisqu'ils n'avaient plus rien au monde, autant vaut...
VAWGLEWNE.
Vous avez bien raison, madame; ce ne sont pas les plus à plaindre : j'ai envié plus d'une fois leur sort. Je n'ai gagné Paris qu'avec des peines infinies. Si vous saviez ce que j'ai souffert en route ! Que l'infortune traîne après soi d'humiliation ! Mais je me suis armé de constance et de courage. J'arrive, et je m'informe de vous. Avec quel plaisir j'apprends que vous êtes dans l'aisance, et que le ciel a béni vos travaux! que vous jouissez en paix...
L'^aisance! Qui vous a dît cela, monsieur? Est-ce