‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 135 sur 272 · ACTE I, SCÈNE VIL a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIL a

qu'on a de la fortune à Paris! Vous avez donc oublié dans le Nouveau-Monde le train de celui-ci?

VAWGLENNE.

Pardonnez, madame; mais cet ameublement, cet hôtel, l'extérieur qui vous enviroijne, tout dit...

MA.DAME DORTIGNI.

Eh bien ! monsieur, l'on est comme tout le monde. Vous avez l'admiration emphatique d'un nouveau débarqué.

VANGLENNE.

Celui qui manque du nécessaire fait , malgré lui , des remarques sur tout ce qui le frappe ; il voit , il sent la distance extrême qui le sépare de ceux qui sont heureux.

DORTIGNI.

Mais, monsieur, permettez - moi de vous le dire : votre conduite est fort étrange envers nous : vous vous introduisez ici par supercherie ; vous prenez un faux nom , sous le prétexte de nous apporter des nouvelles d'un parent : mais ce subterfuge est un mensonge malhonnête.

VAWGLENITE.

J'ai cru, sous cet habit qui ne révèle que trop mon indigence, ne devoir point me faire connaître à vos domestiques... C'est par discrétion , mon cher cousin , par discrétion, je vous l'assure , que j'ai usé de ce moyen qui cachait ma détresse.

Vous pouviez m'ecrire.

DORTIGNI.

VANGLENNE.

Une lettre n'aurait jamais parlé comme ma présence. J'ai conçu plus d'espoir en venant vous supplier moi-même, et vous exposer de vive voix ma triste et douloureuse situation.

DORTIGNl.

J'entends : vous m'avez choisi de préférence pour réparer les torts des élémens. Parce que le sort vous a fait mon cousin , vous ferez naufrage sur les côtés d'Espagne , et moi, j'en serai responsable à Paris. Vous viendrez, au bout de vingt ans, me dire : Me voici, secour,ez-moi.

VANGLENNE.

Oui, j'ai cette prière à vous faire.... je ne vous le déguise point.

MADAME DORTIGNl.

Vous aviez donc tout mis sur le même vaisseau?

VANGLENNE.

Hélas! oui, madame.

MADAME DORTIGNl.

Cela est fort imprudent; mais vous le fûtes toujours, à ce que j'ai appris... Au reste, ce qui est au fond de la mer ne peut pas revenir sur l'eau à notre commandement; et, malgré tout le désir que nous en aurions, nous ne pouvons vous le restituer.

VANGLENNE.

Je le sais, madame; mais je suis encore bon à quelque chose, et je viens implorer votre bienfaisance , votre générosité.

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