‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 146 sur 272 · ACTE I, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IX

rais pas trompée comme vous.... Vous voilà puni de votre sottise , et cent fois plus que moi.

DORTIGIfl.

Ce sont vos hauteurs méprisantes qui l'auront surtout aigri. Je lui parlais poliment, moi. Je gage qu'il ne m'en veut pas autant qu'à vous ; et , comme c'est votre dureté qui m'a fait manquer aujourd'hui la plus belle occasion de m'enrichir, (avec force) vous me répondrez , madame , de ce que j'aurai perdu.

MADAME DORTIGNl/'

Comment! je répondrai de tes propres sottises?

DORTJGNI.

S'il faut qu'il me déshérite , je me venge sur vous; je prends sur votre dot, je vous réduis à l'économie la plus stricte.

MADAME DGRTIGINÏ.

Comme l'atarice te domine !

DORTJG3ÎI.

Comme l'argent est ton éternel bourreau ! *

MADAME DORTIGNI.

Va , le plus sot des hommes et le plus maladroit , va réparer ton insigne bévue : va te jeter à ses pieds, lui baiser humblement la main, va lui demander pardon : tu n'en auras pas encore la force.

DORTIGNI.

C'est à vous, madame, d'y aller, et de ce pas, ou je me sépare de vous. Une femme a toujours de l'empire sur un homme.

25o L'HABITANT DÉ LA GUADELOUPE.

MADAlME DORTIGirr.

Je sais ce que j'ai à faire. Je ne prendrai point conseil de toi; je ne connais pas d'homme plus mal affermi dans ses principes. Tu ne sais ni parler ni agir; et, hors de l'agiotage obscur où tu excelles, tu es un être absolument nul.

DORTIGNI.

Soit, je ne veux pas d'autre science.

MADAME DORTIGNX.

C'est moi qui t'ai conduit à la fortune, tu le sais '... Je ne devrais pas faire un seul pas dans cette affaire; mais je veux bien m'exposer pour toi, et te prouver que , sans mon génie , tu serais sans rang , sans crédit et sans existence.

DORTIGNI.

Je vous le répète, madame; je ne perdrai pas mon héritage par votre faute.

(n sort d*im côté, et elle de l'autre.)

I. Ca tu le sais, en dit beaucoup; et, d'après le caractère et les idées que madame Dortigni a montrés, on peut supposer qu*elle a employé tous les moyens possibles pour faire la fortune de son mari. Ces trois mots forment un trait comique de double entente, égal à ceux dont abondent nos grands auteurs.

Page 1