SCÈNE PREMIERE
MADAME MILVILLE, BRIGITTE.
(Madame Milrille est en tablier noir, ainsi qne Brigitte. Madame MiWille
est assise , et occupée à travailler. )
BRIGITTE entre arec un carton sous le bras, qn*elle pose sur une
table.
IVJLa chère maîtresse, voici le produit de vos petits travaux. Tenez, serrez cela.
( Elle remet de Targent à sa maîtresse.) MADAME MILVILLE.
Il n'y a point de honte, ma chère Brigitte, à travailler pour jeter un peu plus d'aisance dans sa maison, surtout lorsqu'on est mère de famille. Mais tu me feras plaisir de te charger de la vente; c'est un égard que je dois à la mémoire d'un époux qui ne croyait pas, hélas! me laisser dans une pareille situation.
aSa L'HABITANT DE LA GUADELOUPE.
BRIGITTE
Toutes les fois que je rencontre votre frère, traîné dans un superbe équipage, je suis prête à crier dans la rue : Voyez cet homme si brillant ; eh bien ! il aime mieux nourrir des chevaux dans son écurie, que de soulager sa sœur et ses nièces en bas âge.
MADAME MILVILLE.
Non, ma bonne amie, non, point d'excès; conservons le calme que l'infortune ne saurait oter aux âmes élevées. Mon frère n'est point né dur; mais il dépend d'une femme avide et hautaine, qui a corrompu toutes ses bonnes qualités. Je ne désirais que leur amitié.
BRIGITTE
Qu'ont-ils donc à vous reprocher?
' [ MADAME MILVILLE.
De n'être point riche ; et tout leur déplaît en moi. Ils m'ont i-ebutée vingt fois. Je crois présentement ne devoir tn'offrir à leurs yeux , que quand ils auront conçu des sentimcns plus fraternels.
BRIGITTE
Voti'e belle-sœur vous traite avec un mépris qui me met contre elle la haine dans le cœur*..
MADAME MILVILLE.
Point de haine , ma chère Brigitte ; c'est un sentiment trop pénible à l'âme qui le nourrit.
BRIGITTE
Vous êtes bien heureuse d'avoir cette philosophie, « je vous en félicite. Mais je me sentirais portée ,