‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 148 sur 272 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

«moi, à une certaine violence, à rendre publique « leur indignité , à la leur faire sentir... »

MADAME MILVILLE.

Il ne faut jamais rendre outrage pour outrage; ce serait le moyen d'éterniser les inimitiés. La douceur et la patience viennent à bout quelquefois de désarmer la dureté et l'orgueil. D'ailleurs, l'intérêt de mes enfans, cet intérêt si cher, ni'oblige à dévorer l'affront qu'on fait à leur mère. Mon frère peut revenir à la voix de la nature, qui a toujours ses droits; et, touché de ma modération , reconnaître d'autant plus ses torts.

BRIGITTE

Le ciel, dit -on, humilie tôt ou tard les orgueilleux...

MADAME MILVILLE.

Ma chère Brigitte, point de vœux coptraires au repos d'autrui. Je n'existe que pour élever ma famille dans les principes de la vertu ; et mes enfans sont les seuls liens qui désormais m'attachent à la vie.

BRIGITTE

Vous avez refusé de vous marier à cause d'eux. Avez-vous fait sagement?

MADAME MILVILLE.

Oui, à ce que j'imagine : un second mariage leur aurait donné un maître, sans leur assurer un protecteur. Le souvenir d'un époux toujours présent à ma tendresse , me les rend chaque jour plus chers.

Non, je n'ai jamais reçu leurs baisers, que les larmes du cœur n'aient arrosé leurs joues.

BRIGITTE

J'ai toujours dans l'idée, ma chère maîtresse, que le ciel récompensera un jour vos vertus.

MADA.ME MïLVILLE.

Je ne suis point malheureuse , ma chère Brigitte ; je parais , il est vrai , un peu mélancolique. Mais , crois-moi , la paix est au fond de mon âme.

BRIGITTE, avec sentiment.

Bien vrai?

MA.DAME MïLVILLE.

Je te l'assure. Il est une tristesse douce et pénétrante qui remplit mon âme à l'instant même que mes yeux se mouillent de larmes. Je contemple mes enfans, et leur présence me console: je les presse contre mon sein, et la joie qu'ils ^ éprouvent passe dans mon cœur.

BRIGITTE

Ah! vous êtes la meilleure des maîtresses, et la plus excellente des mères.

(On frappe à la porte.)

MADAME MïLVILLE.

On frappe, Brigitte. Allez voir...

( Brigitte ya vers la porte et revient. ) BRIGITTE.

Madame, c'est un homme qui demande à vous parler.

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