‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 163 sur 272 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

je lui ai eu fait mon présent, qui était bien peu de chose au fond, après avoir pris une tasse de café avec moi , tout à coup il s'est levé de cette place , les bras étendus, l'œil humide de larmes, et m'a dit, d'un ton pénétré, d'un ton qu'on ne peut jamais rendre: J'ai accepté vos dons, ma cousine, recevez les miens. Il m'a rerais ensuite ce portefeuille entre les mains, pour moi, a-t-il dit, et pour mes enfans. Le voici; je ne l'ai pas encore ouvert.

MADAME DORT1GI7I, avec empressement.

Voyons, voyons ce qu'il renferme.

MADAME MILVILLE.

Je compte bien le lui rendre , comme vous imaginez.

MADAME DOHTIGNI, après avoir ouveré le portefeuille.

Mais, ma sœur! ma sœur! voilà des effets pour plus de six cent mille livres. Ah ! mon Dieu ! voilà une offre unique, incroyable, extraordinaire: on n'a jamais rien vu de tel. Comment ! il vous a donné cela pour une tasse de café ? Cela est incroyable. J'avais pris, moi, malheureusement mon chocolat'.

MADAME MILVILLE.

Vous pensez bien, ma sœur, que je ne me regarde que comme dépositaire, et rien de plus.

MADAME DORTIGNI.

Oui; autrement le monde jaserait. Ma chère sœur,

X. Parmi les nombreux traits de caractère et de comique qui fourmillent dans cette scène , un doit surtout remarquer celui-ci.

je suis enchantée de l'espèce de divination que vous avez eue. Cela fait honneur à votre sagacité.

MADAME MILVILLE.

Il m'a fait mille protestations d'amitié... que je crois sincères. Il veut absolument que j'aille loger dans son hôtel.

MADAME DORTIGNI.

Gardez-vous-en bien, ma sœur. Vous êtes veuve, jeune, on parlera.

- MADAME MILVILLE.

Le monde, tout méchant qu'il est, reconnaît et respecte la véritable vertu : on peut la calomnier, mais non pas la flétrir.

MADAME DORTIGNI.

Je le crois; mais à propos, je sais déjà ce que vous ignorez peut-être; mes informations ont été sûres et promptes. Savez-vous où il demeure?

MADAME MILVILLE.

Non : il doit venir me prendre avec mes enfans.

MADAME DORTIGIXI.

Eh bien ! je vous l'apprends : il loge rue de Richelieu, dans un hôtel magnifique. II a Un train!.... Et venir sous un piètre habillement intercéder, demander l'aumône, ou plutôt tromper la compassion... Ah ! cela est d'une singularité choquante.

MADAME MILVILLE.

Je ne crois pas en effet qu'on se soit jamais avisé d'une telle métamorphose.

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