‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 166 sur 272 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

VANGLENNE, madame MILVILLE.

(Yanglenne, mis richement, conduit madame Milville par la main; elle est habilUe différemment que ehez elle, mais simplement.)

VANGLENNE.

V OU 8 voici chez vous, chère cousine. J^ n'aurai de droits ici que ceux que vous voudrez bien me donner. Vous y serez libre, vous y inviterez tous ceux qui vous conviendront. Votre société sera la mienne, si vous me le permettez.

MADAME MILVILLE.

Ah! cousin, quel éclat! quelle magnificence!

VANGLENNE.

. Bieîi caché depuis dix-huit joUrs, j'ai fait tout arranger, l'argent à la main; et, avec ce ihobile universel, il n'y a point de ville comme Pari^ pour être

28o L'HABITANT DE LA GUADELOUPE.

servi promptement et à souhait. Je n'ai fait part de mon projet à personne. Allons, prenez possession. Je suis chez vous, cousine. L'hotet est coupé en deux et sans aucune communication. Quand vous voudrez me recevoir, je viendrai comme votre parent et votre meilleur ami.

MADAME MILVILLE.

Et votre portefeuille? Reprenez-le, je l'exige.

VANCLENNE.

Gardez -le jusqu'à ce que je vous le redemande; c'est encore là une de nos conditions, cousine. (En souriant.) N'êtcs-vous pas çia trésorière?

MADAME MILVILLE.

Vous voulez que je garde un don exorbitant?

VANGLENNE.

Laissez-moi achever, vous dis-je, et ne me chagrinez point... Ce que je fais n'est pas par ostentation, mais pour donner un exemple aux riches; pour leur apprendre à ne jamais dédaigner le pauvre; ce à se souvenir que, dans un tour de roue, la foret tune abaisse celui qui était au sommet , et élève « celui qu'il aperçoit au dernier rang. » (Tirant le double lonis qu'il a reçu d'elle. ) Ccttc piècc quc j c ga rdcrai précieusement tant que je vivrai (et vous n'entendiez pas alors le sens de ce mot, lorsque je l'ai prononcé), cette pièce qui m'aurait en effet racheté la vie, si je me fusse trouvé dans le besoin, comme cela aurait pu être; voilà le gage irrécusable qui me dit que vous honorerez les richesses, en en faisant un digne usage.

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