ACTE III, SCENE V
qu'ils aient le sens droit , et surtout le oœur sensible et bon , voilà l'essentiel ; mais je crains pour eux le malheur de leur naissance.
MADAME DORTIGNI.
Le cher cousin a encore un peu de ressentiment de l'aventure de tantôt.
DORTIGNI, se levant.
Nous avouons nos torts; et si nous venons ici, c'est pour les réparer. Vous avez trop d'esprit, mon cher cousin, pour vous fâcher de cet oubli. Les trois quarts de Paris y eussent été attrapés tout comme nous. •
Faites-vous l'éloge des habitans de la capitale? Ils vous doivent un remercîment.
MADAME DORTIGiyi, àsahelle-sœur.
Chère sœur, faites qu'en ce jour la paix se rétablisse dans toute la famille.
MADAME MILVILLE.
C'est l'objet de tous mes vœux, et je ne désire rien tant.
MADAME PORTIGJVI, après un long sUence.
On dit que c'est un beau pays que la Guadeloupe , que son sol est fertile, que son climat est sain et agréable, que l'eau y est renommée comme pure et salutaire. (Après un silence.) Le chcr cousin aime beaucoup la lecture, à ce qu'il paraît...
VANGLENNE.
Je lis peu; mais j'examine le front de l'homme.
Ce livre là n'est pas toujours agréable, il s'en faut; mais il dit beaucoup, pour qui sait y voir.
(Il continue délire.) MADAME DORTIGNI.
Celui que vous tenez paraît vous occuper fort. Pourrait-on savoir ce que c'est? Est-ce une nouveauté? il y en a peu d'agréables.
VANGLENNE.
Je ne sais; c'est un assemblage de vers.
MADAME DOKTIGM.
Des vers, des vers! on ne voit que cela.
VAWGLENNE.
Je viens de tomber par hasard sur une pièce qui me fait rire malgré moi.
MADAME DORTIGNI.
Cela n'est pas malheureux. Qu'est-ce donc?
VANGLENNE.
Épitre à mon habit ^. Ce titre là, d'abord, est d'un homme qui voit, qui sent. Cela ne ressemble point à ces épitres à Flore, aux Zéphyrs. J'aime ce titre : Épitre à mon habiL
DORTIGNI.
L'épître n'a pas fait fortune, je vous en préviens. Je ne l'ai point vue citée comme un modèle.
I. Pièce de vers de Sédaine, qu'il' fit paraître en 1755, et qui est un modèle de philosophie franche et naturelle. On n*y trouve point d'élégance de style, mais de la simplicité, du naturel, des idées vraies, ce qui vaut peut-être mieux. Mercier Ta fait servir ici fort adroitement; et elle a obtenu, par sa pièce, une célébrité qu'elle n'aurait pas eue, quelque bonne qu'elle soh d'ailleurs.