‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 192 sur 272 · ACTE I, SCENE VI. Sag · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI. Sag

MOLIÈRE

Le public, là dessus, dira ce qu'il voudra. Je suis bien avec ma conscience; voilà le principal. Je ne prétends point valoir mieux qu'un autre. Ma conduite est exposée, dites-Vous , aux discours de la ville : tant mieux ! j'en serai nécessairement meilleur. On a fait mille contes ridicules sur la Béjart; mais le fait est que je ne lui suis attaché qu'à raison de sa prudence, de son économie , et du talent d'actrice que vous lui connaissez.

CHAPELLE

Et sa fille ?...

MOLIÈRE

Je l'aime, et ne m'en défends pas La mère est

jalouse. Elle a formé le projet de devenir ma femme : c'est dans ces vues qu'elle a laissé courir certains bruits dont personne, mieux que moi, ne connaît toute la fausseté. C'est sa fille qu'avant peu je compte

épouser Gardez-vous, mon ami, de divulguer ce

que je vous confie.

CHAPELLE

Ne craignez rien; mais comptez-vous vous marier... là , sérieusement ?

MOLIÈRE

Oui... J'aime...

CHAPELLE

Vous voulez épouser pour autrui !...

MOLIÈRE

Cruel ami!...

33o LA MAISON DE MOLIERE.

CHAPELLE

Point de femme, point de vers, que ces vers inspirés que l'on fait là malgré soi. Liberté, bonne table, propos joyeux, telles sont les jouissances de la vie. C'est bien assez pour l'infortune 'que d'être auteur ; mais vouloir encore épouser !... Oh ! il n'y a plus de vœux à faire pour votre bonheur, mon cher Molière !... Adieu. Horace buvait le Falerne; qu'il vous en souvienne... On n'est heureux que le verre à la main ; la gloire n'est que de la fumée.

(nsort.)

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