ACTE II, SCENE I. 3i
DE LYS
Est-ce bien son frère?
FELIX
On ne peut en douter...
DE LYS
Eh bien, ce frère?
FELIX
J'appréhende, monsieur, qu'il ne soit de ces pauvres à sentiment, qui meurent héroïquement de faim en gardant leur honneur.
DE LYS
L'honneur dans l'indigence! (nsoarit amèrement) J'ai vu plus d'une fois l'effet d'une bourse de louis; elle
abrège bien du temps; elle surmonte les obstacles. La morale la plus farouche se tait à la voix de l'or. C'est le meilleur opium pour endormir voluptueusement la vertu la plus consommée. Je commence d'abord par en donner une bonne dose, afin d'étourdir à la fois la tête et le cœur. Rien n'est plus puissant que cette première amorce, et j'ai remarqué que Tespérance fait plus dans la suite que la libéralité même... Tu as dit qu'on me le fît venir?...
FÉLIX
Suivant vos ordres on guette l'instant où ils rentreront tous deux.
DE LYS, avec dérision.
Je suis impatient de faire connaissance avec mon futur beau-frère.
FÉLIX
Dans le fond, c'est un grand avllntage pour lui.
DE LYS
Il ferait beau de les voir garder leurs tristes préjugés avec leur misère. Cela ne se?. peut pas; il est trop d'exemples du contraire, il en est trop. Qu'est-ce que j'ai à souper?
FÉLIX
Monsieur, voici le menu. ( Lui présenUnt une grande feuill« de papier. )
DE L T S , parcourant le papier.
Dix couverts servis à cinq services de sept plats chacun... bon... voilà ce que j'aime... Un coq vierge... excellent!... Une croquante au temple dé Vénus... délicieux! Point de vin, nous boirons de l'eau et des liqueurs fines... Vous voudrez bien vous souvenir que demain nous allons à la chasse.
FÉLIX
Oui , monsieur... j'ai tout préparé ; votre gibecière, votre fusil à deux coups... On vient annoncer, je crois.
DE LYS
Vois un peu.
UN DOMESTIQtFE.
Monsieur, c'est cet homme que vous avQz fait mander.
FELIX
Le voici.