DE LYS, JOSEPH,^ FÉLIX
1>E LYS, penché sur son fauteuil, tourne la tête de son c6té d'un air dexni-hautam , demi-riant; il mange quelques bonbons d'une petite boite qu il tient en main, et avec laquelle il joue.
Qu'il approche.
JOSEPH, àFéUx.
On m'a dit que...
FÉLIX
Avancez , parlez à Monsieur.
JOSEPH, saluant.
Monsieur...
DE LYS
Oui, mon ami, je t'ai mandé; on m'a parlé de toi; tu es bien pauvre , n'est-il pas vrai ?
JOSEPH, avec une simplicité noble.
Monsieur, je suis Joseph, un ouvrier, et non pas votre ami; si je l'étais, nous pourrions nous tutoyer c'est pourquoi ne me faites pas rougir; je ne suis pauvre que parce qu'il y a trop de riches '.
DE LYS
Comment donc ! mais tu parles d'un ton...
JOSEPH
Encore un coup, monsieur, ou parlez -moi vousmême sur un autre, ou je me retire. Vous n'êtes pas
I. Le contraire serait peut être plus vrai : plus il y a de riches, plus il y a d'industrie, et moins il y a de gens sans ouvrage. C'est ce que nous voyons aujourd'hui.
3* Série, tome XXXVL 3
le premier à qui je n'ai pu le souffrir. Quand ma fortune en dépendrait, je marquerais le même courage. C'est un droit insultant et injuste que vous vous arrogez la plupart sur nous autres infortunés. Ne peut-on être dans l'indigence sans être avili?
( Il marche vers la porte. ) F £ L ï X 9 d'un air étonné.
Voilà qui est nouveau.
De LTS, se levant.
Il est singulier. Je ne veux pas qu'il s'en aille. (A Joseph.) Écoutez, M. Joseph; vous vous fâchez bien promptement. Vous ne savez pas «^encore ce que je vous veux. Un moment, et vous n'aurez point à vous plaindre.
JOSEPH
Je suis fâché de vous avoir parlé ainsi; mais cela est plus fort que moi.... Je sais trop que j'ai besoin d'autrui.
DE LYS
Eh bien! mon intention est de vous mettre un peu à votre aise. Je puis, sans me gêner, vous procurer une vie plus commode. Ce que je vous dis est du fond du cœur. Voici un à-compte que je vous prie d'accepter; cela ne se refuse pas : prenez, il y a cinquante louis. ( Il lui présente une bourse. )
JOSEPH
Dans quelle surprise vous me jetez, monsieur! Cinquante louis! à moi! Et quel service vous ai -je rendu?... Que voulez- vous de moi? A quel prix mettez-vous cet argent?