ACTE II, SCÈNE III
PIRLON.
La charité agissante consume bientôt le peu de temps qu'on peut avoir à soi. Si vous me voyez ici^
c'est pour votre bien, mademoiselle pour votre
salut.
ISABELLE
Pour mon salut, monsieur? Qu'avez -vous donc à me di^e?
PIRLOIf.
Ecoutez, ma chère enfant, les momens sont précieux; fasse le ciel qu'éclairée par mes discours, vous sachiez en profiter!... Si Molière rentrait...
ISABELLE, avecintéréU
Que dites-vous de Molière ?
PIRLON.
Vous avez quelque penchant pour lui ?
verte d'un lai^e feutre sous lequel il tourne son œil louche et faux, soit admis chez Molière, fasse la cour à des comédiennes telles que la Béjart et sa fille, obtienne leur confiance; que ces femmes élégantes et plus que mondaines appellent ce cafard , mon cher monsieur Pirlon , écoutent et suivent ses conseils ? C'est une supposition tout à fait insoutenable : les comédiennes, dans aucun tems, n'ont été liées avec des bigots de cette espèce : elles s'en sont toujours moquées. (Gxof.) — Les observations de Geoffiroy sont assez plausibles : néanmoins il n'y a rien d'absolument improbable à ce qu'un individu comme Pirlon se soit introduit chez Molière. Il était négociant de son état, et, à ce titre, il pouvait avoir des relations d'intérêt dans la maison. Quant à sa mise, elle était très ordinaire dans ce tems -là, où le commun de la bourgeoisie n'avait pas encore une toilette élégante. La vraisemblance, du reste, n'est pas d'une grande rigueur dans une pièce; on l'excuse quand il en résulte des effets comiques, et l'absence du personnage de Pirlon laisserait un trop grand vide dans cette comédie.
3* Série, tome XXXVL 23
ISABELLE
Qui VOUS a dit cela, monsieur?
PIRLOir.
Ne prenez pas la peine de vous déguiser ; vous vous tromperiez vous-même, en voulant me tromper.
ISABELLE
Ëh bien! quand ce que vous dites serait fondé...
PÏRLOW.
Ce serait pour vous un grand malheur; car il ne vous aime point, lui.
ISABELLE
Comment le savez- vous?
PIRLON.
C'est un adroit corrupteur.
ISABELLE
Mais, monsieur, vous outragez indignement Molière; ses intentions sont droites et pures.
PIRLON.
Que vous êtes crédule!
Et c'est m'ofFenser de plus en plus, Monsieur, car je suis honnête fille; et Molière est un homme de bien.
PIRLOir.
Qui vous abuse, qui vous trompe.... Je vous connais une rivale...
ISABELLE
Une rivale! Est-il possible! Molière serait un perfide, un traître!