ACTE II, SCÈNE IL
Je possède quelques biens ; d'après . votre propre aveu, vous êtes pauvre. Je vous donne cette bourse, je vous la donne.
JOSEPH, fièrement.
Je n'ai rien fait pour accepter un tel don ; permettez-moi de vous le dire, monsieur, je crains ce pré-, sent.... Vos pareils ne prodiguent pas l'or gratuitement.
DE LYS
Je ne ressemble point à mes pareils, je ne mets dans mon offre qu'une pure générosité. D'où naîtrait votre défiance et vos refus ? Me croyez-vous homme à ne faire jamais le bien? Enfin, puisque vous hésitez, je vous dirai que c'est un vœu que j'ai fait, et que je l'accomplis en votre faveur.
JOSEPH
Monsieur, vous voulez vous jouer de moi...
DE LYS, lui mettant la bourse entre les mains.
Non , pour preuve emporleï-la , elle est à vous.
JOSEPH
Elle est à moi! (Avec transport.) Homme généreux! je tombe à vos pieds, je les embrasse... Oui, je l'emporterai... Je serais dénaturé si je la refusais. (Élevant la
bourse dans sa main.) C'cst là dcdaUS, c'cst là dcdanS qu'cst
la délivrance d'un père, le bonheur de nous trois! mais je tremble de m'abuser... Je ne sais si je dois... Vous me la donnez, dites, vous me la donnez?
D £ li Y S 9 riant.
Oui, oui, je VOUS la donne... je vous la donne.
JOSEPH, la serrant avec force et avec nne espèce de délire.
Eh bien ! l'univers entier ne me l'arracherait pas... Or sacré, je te presse sur mon sein. Tu vas servir la nature et ma tendresse.... Je sens, poi;ir la première fois, que l'on peut te chérir, t'idôlâtrer. (A de Lys.) Je reviendrai, monsieur, je reviendrai; vous verrez quel usage j'en aurai fait... Vous serez forcé de pleurer de joie avec nous, et ce sera là votre récompense.... Que le ciel vous comble de véritables biens! Mon père! Ah! courons, j'ai peur de mourir en chemin.
( Il sort. )