SCENE XII
MOLIÈRE, ISABELLE
MOLIERE, extrêmement surpris.
C'est VOUS, Isabelle! est-il possible!
ISABELLE, tremblante.
Vous me voyez dans la situation la plus cruelle... Ecoutez-moi...
MOLIÈRE
Mais vous êtes d'une imprudence, d'une imprudence extrême. Que vous est-il arrivé de sinistre ?
ISABELLE
Ma mère...
MOLIÈRE
Eh bien, ma chère enfant, votre mère?... Ne vous ai-je pas dit tantôt de patienter? ne me l'aviez -vous point promis? et vous vous exposez encore à sa colère!
ISABELLE
N'augmentez point mes peines. I^es tourmens qui m'obsèdent vous sont inconnus ;^ ma inère est entrée dans ma chambre. Je t'ordonne, a- 1- elle dit d'une voix menaçante , de * te lever demain au point du jour. J'ai disposé de toi; songe à m'obéir, ou je te
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ferai sentir toute mon autorité. Elle me laisse , et sans attendre ma réponse... Ali! c'en est fait, me suis-je dit! demain ma mère me rend captive, m'éloigne de tout ce que j'aime. Je me mets à pleurer, roulant mille desseins confus dans ma tête. Tout à coup l'amour m'inspire son courage: non, me suis-je dit, on ne m'ôtera point à Molière; il doit être mon époux, et je puis respirer dès ce moment sous sa protection; je puis me regarder dès à présent comme sa femme... menacée du plus horrible malheur, de celui de vous perdre, je ne prends conseil que de mon désespoir; et je viens implorer un asile que vous ne me refuserez pas.
MOLIÈRE
Ma chère Isabelle, non, il ne m'est pas permis de vous retenir ici. On vous calomnierait; on me représenterait, moi, comme un homme sans mœurs, qui vous séduit sous les yeux de votre mère , et l'innocence aurait beau régner dans nos cœurs, on supposerait entre nous une intelligence coupable. Songez que toute apparence de séduction doit être enfin aussi loin de ma conduite qu'elle l'est de mon cœur...
ISABELLE
Que je ne cesse point d'être honnête à vos yeux , et je saurai braver la calomnie.
MOIilÈRE'.
Allons, vous n'écoutez plus la raison... Je vous pro-