ACTE III, SCÈNE III
JOSEPH
Vous êtes un Dieu pour nous; nous vous chérirons, nous vous respecterons jusqu'au dernier soupir... Mon père, ma sœur, jetons nous à ses pieds.
(A Charlotte qui pleure.) Tu plcurCS de joic. (Rémi et Joseph yont pour s'incliner, de Lys les relève.) Monsieur, qUC CCS larmCS
muettes vous expriment la plus vive reconnaissance !
(A Charlotte qui est demeurée debout.) Eh qUoi ! tU UC te joius
pas à nous! Charlotte serait-elle insensible, ingrate?... Tu m'étonnes ! tu m'affliges !
CHARLOTTE, tenant les mains de son père.
Ah! Joseph, Joseph! suspends un moment... Non, non.
(Elle ne peut continuer, sa yoix s'étouffe dans le sein de son père. ) DE LYS, voulant séparer Charlotte d'avec son père.
Allons, c'est assez, laissez un peu respirer ce vieillard en paix, ne l'accablez pas tant. Il aurait besoin de prendre quelque restaurant. Qu'il descende, je vais avertir qu'on le traite bien à Foffice.
CHARLOTTE , tenant toujours les mains de son père.
Mon père! je ne saurais parler... Je ne puis...
REMI
Eh bien, ma fille!... Tes sanglots...
CHARLOTTE
Hélas ! il vous faut retourner en prison.
JOSEPH, avec une surprise mêlée de douleur.
Que dis-tu , Charlotte ?
CHARLOTTE
On te trompe, mon frère, on t'abuse, et tu ignores...
DE LYS
Paix, paix de grâce... Voulez- vous?...
CHARLOTTE
Non, monsieur, non; si je me taisais je serais coupable; je trahirais leur honneur et le mien... Je ne leur ai jamais rien caché... Ils sauront tout.
REMI, se levant.
Comment donc, ma fille?...
CHARLOTTE
Cet or qui vous a rendu libre, fut prodigué pour séduire mon frère et moi. Tout le bien qu'il veut
nous faire n'est qu'au prix de mon déshonneur
Mon père, retournez en prison.
REMI, avec noblesse.
Oui, sans doute, j'y retournerai dès ce moment et avec plus de joie que je n'en suis sorti. L'esclavage, monsieur, me sera moins dur que la liberté, parce que je vous la dois, et que je rougis de vous la devoir. Peut-être un jour l'aurais-je due à la pitié de cœurs vraiment désintéressés; alors mon âme se serait livrée au doux sentiment de la reconnaissance, au lieu qu'elle est déchirée de regrets amers. Je préfère les chaînes à vos offres honteuses. Je vais vous signer un billet, et vous offrir un titre qui vous donnera le même droit, car mon corps est le seul bien que je possède; mais plutôt mourir elle et moi , que de souffrir son infamie !