ACTE III, SCÈNE III
sœur, et forcé de vous laisser l'un à l'autre, je n'ai pas trouvé de moyen plus assuré pour vous conserver dans une union pure et fraternelle , que de vous laisser ignorer un secret dont j'ai toujours porté sur moi les preuves écrites en cas d'événement. Vous savez comme, frappé de plusieurs revers, errant de côté et d'autre, j'ai perdu jusqu'à l'espérance de retrouver les deux parens que j'ai inutilement redemandés à toute la terre. Us avaient changé de nom. On les disait établis dans cette capitale; mais le sort m'a toujours enlevé jusqu'aux moindres indices... Charlotte, mon enfant, tu devrais vivre aujourd'hui dans l'opulence, et tu demeureras pauvre; mais tu auras la vertu, le courage, l'innocence et la paix de l'âme. Que ces biens te consolent de ceux que tu as perdus...
DE L Y S , à part.
Il me faut écouter jusqu'au bout... Voilà qui m'intéresse fort.
REMI
J'ai bien gagné le droit de disposer de toi. Il te faut un époux qui sache te connaître et t'aimer; il te faut un protecteur. Une union fortunée n'est pas interdite aux pauvres : c'est m^me un avantage que les
riches semblent leur envier. (Joseph et charlotte entrelacent leurs mains , et leurs regards expriment leurs sentimens mutuels. ) vJUl ,
mes enfans, je connais vos cœurs; ils sont nés l'un pour l'autre, et Joseph doit retrouver une épouse en perdant une sœur. (A charlotte.) Parle; ne le préféreras-
tu pas non seulement à ce riche , mais encore à tout autre ?
(Us 6*«mbrasseat. ) CHARLOTTE.
Ai-je besoin de le dire?
DE LYS, à part.
Quelle scène! quel rapport! quel trouble s'empare de moi !
JOSEPH
Charlotte!... Ah! c'est pour la vie.
CHARLOTTE
Mon...
JOSEPH
Oublie le nom que tu allais prononcer, oublie-le pour un autre non moins cher... Sous quelque titre que je l'obtienne, il ne me sera pas possible de t'aimer davantage.
REMI, à de Lys qui reste pensif en les contemplant.
Voyez si tout ce que vous possédez vaut un seul de nos tressailleraens. Ah! si vous pouviez sentir ces mouveraens purs et doux... (Avec transport.) Riches malheureux, gardez votre or indigent, et laissez -nous
la volupté des larmes. ( II presse ses enfans dans ses bras.) Allons, mes enfans, je vous conduirai, suivez -moi: l'air que l'on respire ici n'est pas bon... Monsieur, j'ai voulu vous rendre le premier témoin de la déclaration que je dois faire publiquement. Il faut qu'il en soit dressé un acte dans les formes, ensuite je reviendrai... Je vous ai déjà engagé ma parole, adieu.
( Joseph et Charlotte se sont déjà éloignés.)