ACTE III, SCENE III. 6i
que je ne vous jugerais pas digne d'elle : ce n'est point par l'opulence que l'on s'égale à la vertu. Allez, je lui destine un autre époux, et qui saura la rendre
heureuse. (Scène muette entre Joseph et Charlotte.) Dc Ce paS je
cours accomplir ce que mes vœux demandaient au ciel : c'est pour ce seul bonheur que j'aspirais au moment d'être élargi; il ne faut qu'une heure. Je reviendrai, monsieur, m'engager votre débiteur, et me livrer à vous... Vous croyez à ma parole?
DE LTS, à Reœi.
Demeurez, soyez libre.
REMI
Non, je ne veux vous rien devoir. (En montrant charlotte.)
Vous l'avez outragée.
DE LYS, allant à Charlotte.
Et vous, Charlotte; est -il vrai que vous me détestez ?
( Geste muet de la part de Charlotte. ) REMI.
11 nous serait impossible d'accepter aucun de vos bienfaits; ils sont trop cruels, et malheur à qui les
attire.... Ma fille! mon fils! ( ils vont comme pour s'éloigner. )
Mais non, restez; et vous, monsieur, puisque le vice est encore étranger à votre âme, qu'elle peut être changée par l'exemple d'une vertu victorieuse de l'infortune, et par celui des révolutions de la fortune qui nous joue tous tant que nous sommes; soyez témoin d'un aveu que mon cœur ne saurait garder plus long-temps. (Asesenfans.) Voici Ic momcnt que je vous
ai promis, et je dois surtout m'expliquer devant mousieut*, pour éteindre dans son cœur jusqu'aux dernières lueurs d'une espérance coupable... Chariotte... Joseph... Vous vous croyez frère et sœur.... Mes enfans, l'un de vous deux.4.
JOSEPH
Qu'allez -vous dire!... L'un de nous deux n'est pas votre enfant?
CHARLOTTE
Je tremble pour lui... Je tremble pour moi...
REMI
Je serai toujours votre père;, je vous aimerai toujours également : vous ne cesserez point d'être à moi ; vos cœurs me resteront, j'en suis bien sûr... O ma Charlotte! Je t'ai souvent parlé de ton oncle et de son fils qui vivaient dans l'opulence ; vous savez l'un et l'autre combien j'ai fait de recherches, et toutes hélas! infructueuses... Hé bien, Charlotte, apprends que c'est ton père, que c'est ton frère que je cherchais.
CHARLOTTE, avec douleur.
Je ne suis pas votre fille!
JOSEPH
Je ne serais pas ton frère ! O ciel !
REMI
Un moment, chers enfans, et ne m'interrompez pas. (A Charlotte.) Tu m'as été confiée en naissant par mon frère. Ma femme te nourrit de son lait, et te servit de mère. Elevée avec mon fils comme sa propre