‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 48 sur 272 · ACTE IV, SCÈNE L fi · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE L fi

LE NOTAIRE

Quelles petites âraes avec leurs titres et leurs biens! Que de bassesses l'intérêt leur fait faire ! Je les ai vus, au moment du décès, venir m'assaillir comme une troupe de loups acharnés l'un contre l'autre. Leurs yeux affamés me disaient, tout est à moi, rien à mon frère, et cependant le moins riche a plus de quarante mille livres de rente.

LE CLERC

Monsieur, il est encore venu ce père avec son gendre futur.

LE NOTAIRE

Et bien ?

LE CLERC

Ils ne sont pas encore tout-à-fait d'accord; ils ne se tiennent plus qu'à mille écus.

LE NOTAIRE

Est-il possible de marchander ainsi un lien heureux! IjC bonhomme de père est attaché à ses écus. Il lui en a coûté pour les amasser , d'accord ; mais il me paraît moins méprisable que celui qui, malgré l'amour qu'il prétend avoir pour sa fille, s'obstine impudemment à ne vouloir l'épouser qu'à tel prix... J'ai beau voir de ces choses-là depuis trente ans, je ne pçux m'y accoutumer.

LE CLERC

Ce financier a envoyé... C'est celui-là qui retient de force sa fille au couvent.

LE NOTAIRE

Faute, diit-il, d'avoir assez d'argent pour l'étî^lir; tandis que tout le monde sait les dépenses ruineuses où, le jettent le3 petits soupers qui le déshonorent... Quelles gens. !

I,E CLERC

Tantôt doit repasser cet homme, veuf, pour son contrat. Ce n'est qu'à vous., monsieur, qu'il prétend avoir affaire.

LE NOTAIRE

A moi !... Je le remercie. Jamais il ne m'induira à lui dresser son acte dans ses intentions perverses. Quelle voie criminelle cet aveugle père veut prendre pour ruiner des enfant en bas âge, à l'avantage d'une seconde fennne !..^ Je ne crois pas qu'aucun de nies confrères se prête à de patreilles sup^^cheriesi; je ne le crois point, et malheur à celui qui en serait l'instrument, (n signe.) Monsieur Renaud, sou venez- vous bien , si jamais vous parvenez à une de nos charges , souvenez-vous des devoirs dont un notaire est comptable à la société. Ce n'est pas assez de les remplir avec cette intégrité ordinaire qui le met à Tabri des reproches, il faut veiller avec une scrupuleuse sévérité , à ne rien laisser faire que dans la rigide équité : c'est à nous enfin à sonder , à pénétrer le fripon , à le démasquer, à le faire rougir, s'il est possible, en lui dévoilant sa propre turpitude... C'est ainsi qu'on se rend utile à la patrie, et qu'on dort satisfait et content de soi-même.

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