ACTE IV, SCÈNE V
dicté par un père dont les volontés dernières doivent être pour vous des lois sacrées?
DE LYS
Il était bien mal alors; car autrement, je sais qu'en bonne santé...
LE ICOTAIRE, d*uii ton ferme et haut.
Voulez- VOUS bien me permettre de vous le lire?
Je l'ai déjà entendu.
LE NOTAIRE, avec fermeté.
Fort mal; voilà pourquoi je recommence.
M. DU NOIR, à de Lys.
Laissez; écoutons; peut-être y trouverons -nous des moyens de nullité qui nous sont échappés...
(Le Notaire lui jette un coup d*osil d*indignation.) LE NOTAIRE, d'un ton haut et posé.
Testament d'Isidore RemL
« Je me trouve trop accablé pour espérer quelque « retour à la vie : elle m'échappe au seul instant où «j'entrevois comment j'aurais dû l'employer. Quel « moment! Vous qui lirez ce que je fais écrire, son- « gez-y de bonne heure. Un jour vous vous y trouce verez comme moi : c'est alors que la vérité s'a- « grandit , et qu'il faut la reconnaître et lui rendre « hommage.
M. DU NOIR
C'est de la morale, passons, passons.
LE NOTAIRE le regarde encore d*aii œil indigné.
« Je déclare donc par cet acte testamentaire...
M. PU NOIR
Ah ! nous y voici.
LE NOTAIRE
c( Avoir laissé un enfant , second fruit de mon ma- «riage, entre les mains de mon frère Pierre- Alexis « Rémi, laboureur à Moatboson en Franche-Comté, « ma patrie. Je déclare que cet enfant est ma fille «légitime, sœur cadette de Louis Rémi, mon fils, « appelé depuis de Lys , surnom que j'ai pris. Je dé- « clare avoir délaissé cette enfant, d'abord, faute « d'avoir pu m'en charger; et qu'ensuite entraîné par (d'ambition, l'avidité et le tumulte des affaires, er- « rant d'ailleurs dans des pays éloignés, je l'ai bannie, (( pour ainsi dire, de ma mémoire. Parvenu à un état « que l'homme trouve heureux tant qu'il n'est pas « éclairé par le flambeau de la mort, j'ai eu la dureté « de faire taire dans mon cœur tout ce qui me rap- « pelait cette enfant, dans le seul dessein d'accumuler « tous mes biens sur la tête de mon fils. Sous un « nouveau nom, j'ai oublié mes proches, j'ai rompu « volontairement avec eux. Endurci par la fortune, et «rougissant de cette parenté de campagne, dans la « fausse prévention qu'elle me ferait honte, j'ai man- « que aux devoirs les plus sacrés , dont je demande « pardon à Dieu bien sincèrement ; mais mes plus « grands remords sont d'avoir donné une éducation (c à mon fils d'après ces faux principes. Mes remords