ACTE IV, SCENE V
a sont de l'avoir induit moi-même à cacher sa nais- «sance, son pays, ses parens, et le nom de cette (c sœur que je - regardais comme un^ obstacle à sa « grande fortune. J'abjure par cet acte une indigne a éducation; et je crains bien, pour juste punition , c( qu'elle n'ait que trop germé dans son cœur. Je le « prie derechef et lui ordonne en père de chercher « sa sœur, et de lui porter tous les regrets, tout l'a- « mour, tous les sentimens que j'ai manqué d'avoir c( envers elle, et qui sont au fond de ce cœur expi- « rant. Je veux qu'il partage avec elle, en égale por- « tion, tous les biens qui se trouveront m'appartenir c< au jour de mon décès. Je fais des vœux au ciel pour « qu'elle vive et qu'elle entende mes dernières pa- « rôles... O mon fils! si tu la revois, si tu retrouve» «encore avec elle celui qui lui a servi de père, rea garde-le comme le tien. Sans l'ambition qui m'a « emprisonné dans ces grandes villes , et qui même a « abrégé mes jours , je mourrais entre leurs bras , « arrosé de leurs larmes, honoré de leurs regrets.
« Je nomme pour exécuteur de ce testament, mon « ancien ami M. du Noir, afin de lui donner les « moyens de réparer certaines fautes , persuadé que « mes derniers sentimens feront sur lui tout l'effet « que j'en attends. Nous sommes à peu près de même « âge. Que ma fin lui serve d'avertissement. Il ence tendra bien ce que je veux lui dire ^ »
I. Ce testament ne devrait pas être lu sur le théâtre : il est trop long. Le dialogue de la pièce est déjà assez prolixe , assez plein de sermons , sans un pareil morceau.
M. DU NOIR
Mais tout ceci n'est pas en style de pratique.
DE LYS, àM. doWoir.
Quel parti prendre, monsieur du Noir?
LE NOTAIRE, se lèrc et dit avec énergie.
Quel parti prendre! £h! monsieur, demandez -le à vous-même, à Votre conscience, à votre propre cœur, et répondez d'après lui.
( De Lys se promène chagrin et réTcnr. ) M. DU NOIR, àdemi-roix.
Je ne vois pas comment on pourrait casser ce testament; je n'ai pas découvert le moindre mot... Mais tâchons de l'intimider. (Un pea plus haut.) Vous n'avez rien à craindre de ces bonnes geùs ; ils n'ont pa^ l'air bien fin ; d'ailleurs ils sont si pauvres ! Avec quoi suivraient-ils un prodès qu'il est aisé dé bâtir ^ et qu'on peut faire durer toute leur vie, par des retours qui me sont familiers? Je sais comme je m'y prendrai; je me fais fort de les faire mourir de faim avant qu'ils aient obtenu par première sentence aucune provision.
(Le Notaire a sonné pendant ce dernier couplet; un domestique entre.)