‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 67 sur 272 · ACTE IV, SCÈNE VIII. lo · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII. lo

LE NOTAIRE

Non pas, s'il vous plaît... l'ami.

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EXAMEN

Ue l'aveu de Grimm, « cette pièce , malgré tous ses « défauts, le romanesque de sa conduite, lemphase de « son style et un grand nombre de détails de mauvais « goût, n'est cependant pas sans efFet au théâtre; on y « trouve des situations intéressantes, une morale sensi- « ble, des mots d'âme et de vérité. *

On trouve dans Ylndigent une moralité du premier ordre : c'est celle qu'offreixt les funestes résultats de la préférence qu'un père barbare ou insensé a donnée à l'un de ses enfans, qui en était indigne, sur ceux qui la méritaient le plus. La partialité des parens est un des grands fléaux des moeurs domestiques. Elle fut la cause du premier crime qui effraya l'espèce humaine; elle a introduit la division dans la famille, principe de la discorde dans la cité. Si le penchant que marque un père ou une mère pour l'un de ses deux enfans au pré-

I. Lorsque cette pièce parut pour la première fois au Théâtre-Italien, les rôles furent joués , savoir : celui de de Lys , avec autant d'intérêt que de noblesse et de grâce, par M. Granger, aujourd'hui retiré du théâtre ; ceux de Joseph, du Notaire t\ du Procureur, par les nommés Raymond, Gourcdle et Valleroy; et celui de Charlotte, par une actrice nommée n^adame Julien.

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judice de Vautre, est blâmable, qu est-ce donc quand il n*a lieu que pour le moins méritant? Pères et mères, qui voulez motiver votre préférence pour l'un de vos enfans sur ses vertus , sur son mérite , craignez de vous laisser tromper par de fausses apparences : il y a plus de Blifils que de Tom- Jones; mais si un nouveau Jacob reconnaissant les vices de celui dont il a fait un autre Benjamin, n'en persiste pas moins dans sa partialité, comment faut-il le regarder ? comme un être dénaturé qui n a ni entrailles ni cervelle. Je sais que mon fils est un sot, dit ce père égoïste; mais il me flatte, donc je dois l'enrichir aux dépens de son frère. Je sais que le mien est vicieux, dit un autre père insensé; mais je ne*puis m empêcher de lui sacrifier sa sœur, qui a le cœur plus délicat et des qualités supérieures. Ces êtres dégradés et injustes traitent l'amour paternel comme quelques femmes passionnées traitent l'amour sensuel. Telle à qui on démontre que l'homme qu'elle aime est indigne d'elle, n'en persiste pas moins à lui livrer sa personne et son cœur.

1] Indigent attira long-tems la foule et satisfit de nombreux spectateurs qui , pour être moins difficiles , n'étaient pas moins éclairés que ceux d'aujourd'hui. Mercier crut pouvoir rappeler le théâtre à son but primitif, au principal but qu'il devrait avoir, c'est à dire, à celui d'améliorer les hommes en les amusant. Il crut devoir exciter l'intérêt avant le comique, et peut-être eut-il raison : le castigat ridendo mores n'est pas d'une vérité absolue; on corrigera plutôt les.gehs qu'on fait pleurer que ceux que Ton fait rire. Tandis que d'autres auteurs faisaient un appel à la malignité, et cherchaient à cap*

tiver par le scandale, Mercier s'adressa au sentiment, et voulut ramener à la morale. Il y réussit à la même époque où Beaumarchais triomphait, et où les disciples <le Dorât se faisaient applaudir. Mercier lui-même semble avoir assez bien prouvé Tavantiige dé la théorie 'du sentiment en matière théâtrale lorsqu'il dit' : «S^il se présente une scène pathétique, le poète doit la -saisir de préférence. Rien n entre plus kvant dans le choeur 4e l'homme que la pitié. Est-il un mouvement plus délicieux que de sentir son âme s'écôukr, se fondre sous tes impressions de cette pàâsion généreuse? Où est le malheureux qui n a pas senti cette douce et intime chaleur qui dilate la partie de nous-mêmes, la plus auguste et la plus sensible ? Si vous avez à me faire entendre les soupirs de Tinfoi^tuné, amenez-le sous mes yeux ; que je voie les lambeaux qui le couvrent, que j^entende ses gémissemens : cet œi} sombre, cette pâleur qui couvre ce corps tremblant, ces cheveux qui cachent ce front baissé, nie dérobent lé visage d'un frère... je les écarte, je tombe dans ses bras, je pleure, et je sens avec volupté que je suis homme!

« Quoi ! me dira-t-<>n , montrer les lambeaux de la misère ! Et qui soutiendra ce spectacle P Qui ? tout homme qui ne sera pas indigne 4^ ce nom. Quel est l'orgueilleux, l'ennemi du genre humain, l'insolent, qui osera dire que toute image de misère, d'indigence, enfin que toute idée de besoin est une image basse? Qui osera dire que des malheurs arrivés à des paysans, à des îiommes dû peuple, sont dèi accidien$ moins

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