‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 86 sur 272 · ACTE I, SCENE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI. i

DOMINIQUE PÈRE

Ah ! VOUS mariez mademoiselle ? Bon , bon ; bien fait.... bien fait.

( Dominique fils parait tout à coup surpris et agité. ) M. DELOMER.

Oui, je la marie : je Taccorde à monsieur JuUefort : c'est un parti sortable.

DOMINIQUE P^.R£

L'aimable enfant ! Je l'ai vue haute comme cela ; et toute petite, elle me faisait toujours trois ou quatre jolies révérences quand j'entrais, quoique j'eusse mon bonnet de laine au moins!

M. DELOMER, à Dominique fils.

Dominique , j'attendrai de votre amitié un grand nombre de petits services; car on ne finit pas avec tous ces arrangemens de noces. Je n'ai jamais marié de fille ; cela va faire de l'embarras , il faudra veiller à bien des choses; je veux que vous représentiez comme un parent, et que vous en fassiez l'office.

DOMINIQUE PÈRE

Mon fils , voila ce qui s'appelle des marques d'une estime distinguée.

DOMINIQUE FILS

Je ne crois pas pouvoir en profiter, mon père.... Vous disiez vrai tout à l'heure, vous aviez raison.... vous voyez bien mieux que moi.... votre expérience.... J'ai réfléchi.... il faut que je quitte Paris.... tout le veut. (AM. Deiomer.) Mousicur, c'cst à regret, mais je ne puis rester; je le sens à présent, je ne puis rester.

3* Série, tome XXXVI. lo

i46 LA BROUETTE DU VINAIGRIER.

M. DELOMER.

Après ce que vous venez de nous dire , Dominique , je ne vous conçois pas.

DOMINIQUE PÈRE

Quel raisonnement creux as -tu donc fait à part toi, dans ta cervelle? est-ce que tu extra vagues? Tu ne voulais pas partir, il y a un moment, et puis tu veux partir?

M. DELOMER.

Gomment concilier deux façons de penser aussi différentes ?

D OM I N IQU E FILS, avec une certaine véhémeuce.

X Je partirai, je le dois, il le faut; j'ai mes raisons. iMes raisons sont bien légitimes.... il m'en coûtera de vous quitter, monsieur: mais cela importe, cela importe à mon repos, à mon bonheur.

( Il s'éloigne dans un coin du théâtre, et parait accablé.) DOMINIQUE PÈRE, inquiet sur Tétat de son fils.

Que me direz-vous de cela, monsieur Delomer? je n'y entends rien, moi.... il veut... il ne veut pas.... sa tête! Je ne le reconnais plus....

M. DELOMER.

Tout ce que je vois, c'est qu'il a quelque chagrin secret que je ne puis deviner; il l'épanchera plus libre^ ment dans votre sein. Tous êtes un bon père; son bonheur vous est cher, il m'est cher aussi. S'il compte, aprèB tout, le trouver dans un autre pays, il faudra bien y consentir : il m'en coûtera ; mais son bonheur avant tout.... je vous laisse ensemble.

( Il s'en Ta. )

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