ACTE II, SCÈNE III. j6i
avez encore. Daignez vous ouvrir à moi : croyez-vous avoir assez pour parer à tout, si vous vouliez ne rieu faire perdre?
M. DELOMER.
Oui; mais, mon cher ami, il ne me resterait absolument rien.
DOMINIQUE FILS
Mais aussi vous ne devriez plus rien à personne.
M. DELOMER.
Et que deviendrais-] e après?
DOMINIQUE FILS
On est toujours riche , quand on a tout payé. Croyez que vous serez cent fois plus heureux dans l'état le plus médiocre, lorsque vous ne serez exposé à aucun reproche. Je vous connais, monsieur; vous ne savez pas l'effet que ferait sur vous le regard d'un homme qui vous dirait: tu m'as trompé; vous n'y êtes point accoutumé; la première épreuve serait mortelle: oui, mortelle, j'en suis sûr... Vos biens sont suftisans, ou non, pour payer vos dettes : dans le dernier, cas, pourquoi acquitter des créanciers anciens aux dépens des nouveaux? C'est une action contraire à l'ordre des choses; c'est une injustice...
M. DELOMER.
Il faudrait donc que je m'avilisse?
DOMINIQUE FILS
On ne s'avilit pas pour être juste.
M. DELOMER.
Que je tombasse dans la dernière misère? Et ma
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ïG^2 LA BROUETTE DU VINAIGRIER.
fille, ma fille!... Eh! que deviendrait l'espoir de ma vie!
M A DEMOISELLE DELOMER.
Mon père, en ce moment oubliez-moi...
M. DELOMER.
Tu approuverais que je te dépouillasse de tout?
Oui, plutôt que de voir votre front rougir une seule fois.
DOMINIQUE FILS
Monsieur, je me dévoue pour toujours à votre service; votre infortune vous rend encore plus respectable à mes yeux; vous m'avez donné votre confiance, daignez me l'accorder sans réserve; vous êtes trop troublé pour agir par vous-même dans cette révolution malheureuse. Je vais, sans perdre de temps, travailler à faire l'état le plus exact de vos biens et de vos dettes. Certainement vos créanciers, convaincus de votre bonne foi, seront touchés de votre situation, et vous faciliteront les moyens de continuer votre commerce. Vous conserverez votre crédit, le crédit qui vous rouvrira de nouvelles sources de richesses; reposez-vous sur moi; à chaque heure je vous rendrai compte de toutes mes opérations. (Dans
un mouvement énergique.) Oui, UOUS fcrOUS hounCUr à tOUtl
dites, n'est-il pas vrai, nous ferons honneur à tout?
M. DELOMER.
Yous me touchez infiniment, jeune homme; vous êtes bien estimable, et jamais je ne vous ai mieux