Rihlant. — Brigandant, pillant
xwi BIOGRAPÏITE
Je ne perds un moment des prières di-vines : Dès la poiucte du jour je m'en vais à Matines, J'ay mon bréviaire au poing ; je chante quelquefois, Mais c'est bien rarement, car j'ay mauvaise vois : Le devoir du service en rien je n'abandonne, Je suis à Prime, à Sexte, et à Tierce et à Nonne : J'oy dire la grand Messe, et avecques l'encent (Qui par l'Eglise espars comme parfum se sent) J'honore mon prélat des autres l'outrepasse, Qui a pris d'Agenor son surnom et sa race. Après le tour finy je viens pour me r'assoir : Bref, depuis le matin jusqu'au retour du soir Nous chantons au Seigneur louanges et cantiques, Et prions Dieu pour vous qui estes hérétiques.
u II est donc bien prouvé que Ronsard ne fut pas prêtre, bien qu'il portât chappe, qu'il chantât vêpres et qu'il touchât les revenus de mainte abbaye. 11 aurait pu dire comme son ami, J.-Â. de Baïf, eu parlant de lui-même :
ni veuf, ni marié,
Ni prestre, seulement clerc à simple tonsure. »
(Sainte-Beuve'.)
La haine des protestants ne se borna pas à des paroles. Ronsard dit dans sa Remonstrance au peuple de France, qu'un jour on lui lira cinq coups d'arquebuse et qu'il eut beaucoup de peine à s'échapper sain el sauf.
Mais il trouvait facilement à se consoler des insultes et des calomnies que déversaient sur lui ses ennemis. Cette petite persécution ne fît môme qu'accroître sa gloire.
La Boétie, l'ami de Montaigne, prit sa défense dans une — pëpigramme latine. Il était aimé de la reine mère qui fut cause de sa liaison avec Hélène de Surgères 2. Catherine de Médicis tenait assez que chaque gentilhomme eût une favorite choisie de préférence parmi les demoiselles de son entourage; c'était un moyen d'avoir sous sa main la noblesse et de la retenir à la cour. Le jeune roi, Charles IX, lui continuait son amitié et ne cessait de le vouloir dans son intimité. Aussi les imprimeurs se disputent les moindres produits de sa plume et les
1. Voir notice sur Ronsard, p. \XI1I et suiv. {Œuvres choisies de P. de Ronsard, par Sainte-Beuve, librairie Garnier).
2. Surgcres. — C'est Hélène de Fonséque, fille de René, baron de Surgères, et d'Anne de Cossé-Brissac.
BIOGRAPHIE xxvii
éditions de ses œuvres se succèdent rapidement. A la cour, on déclame et on chante ses poésies ; à la ville, on se montre avec admiration le poète qui passe.
C'est alors qu'il écrit ses poèmes officiels, les Mascarades, les Entn'es, les Ballets, les Gaietés, ouvrages composés souvent à la hâte, mais parsemés de conseils très utiles ^^^Toutefois sa suprême ambition n'était, pas de.rlvali^fir s^mleflient^ec Pindare, llorarft q\] Pétrarque, ges petites pièces, mème^Ies O'ies où parfois il excelle et qui ont le plus de mérite auprès de la postérité, étaient pour lui œuvres légères, un simple passetemps. Il visait plus haut : dès le temps où il vivait retiré près de Daurat, au collège Cpqueret, il songeait déjà à devenir VHojnère de la France/f déjà il ébauchait le plan de sa Franciade; son Ode de la Paix (1550) en est une preuve. Il pouvait écrire des poésies moins graves, son but unique était d'arriver à composer une épopée qui célébrerait dignement la gloire de la France et de ses rois, et il ne cessait d'entretenir de son projet soit le roi lui-même, soit ses maîtres, soit ses amis.
L'ouvrage, comme VIliade d'Homère, devait avoir vingtquatre chants, le plan des dix-huit premiers était écrit et souvent il en lut des fragments à Charles IX, qui se vantait quelque peu d'être poète, et les soumit à son approbation 2. Enfin quatre chants sont terminés; u la préface est prête; le livre s'imprime; mais la Saint-Barthélémy le devance de dix-huit jours, et le bruit du poème se perd étouffé dans le bruit bien autrement retentissant du terrible coup d'État », (P. Bl.) du 24 août Id72.
En effet le moment était bien mal choisi; les esprits n'étaient guère disposés alors à entendre une épopée, quand même elle eût été de meilleure venue, de plus haute envergure que la Franciade. u Pour composer une Enéide, dit Sainte-Beuve, il faut le talent d'abord; il faut aussi que le temps et les princes y soient propices et, en quelque sorte, préparés; rien de cela ne se rencontrait... Ronsard tombait dans un moment où tout bouillonne, et où, pour ainsi dire,