Sapphon. — C'est Sapho, contemporaine d'Alcée
ODES. - IV. i:i3
Quand la peine receue ' Du rocher est deceue, Et quand saisit la faim Tantale en vain.
La seule lyre douce L'ennuy des cœurs repousse , Et va* l'esprit flatant^ De l'escoutant'*.
1. Receue. — « Puisque Sisyphe lui-même en oublie son rocher et Tantale sa soif. » (Sainte-Beuve.)
2. Va.. — « Cette pièce délicieuse réunit tous les mérites. Les idées en sont simples, douces et tristes; la couleur pastorale n'y a rien de fade; l'exécution surtout est parfaite. Ce petit vers masculin de quatre syllabes qui tombe à la fin de chaque stance produit à la longue une impression mélancohque : c'est comme un son de cloche funèbre. On sait avec quel bonheur madame Tastu a employé ce même vers de quatre syllabes dans sa touchante pièce des Feuilles du saule :
L'air était pur ; un dernier jour d'automne En nous quittant arrachait la couronne
Au front des l)ois ; Et je voyais d'une marche suivie,' Fuir le soleil, la saison et ma vie
Tout à la fois.
En rapprochant le petit vers de celui de six syllabes avec lequel il rime, Ronsard a été plus simple encore. Au reste, il a très bien compris qu"à une si courte distance une grande richesse de rime était indispensable, et il s'est montré ici plus rigoureux sur ce point qu'à son ordinaire. C'est en effet une loi de notre versification, que plus les rimes correspondantes se rapprochent, plus elles doivent être riches et complètes; de sorte qu'on pourrait dire de la rime comme de l'aimant, que son attraction est en raison inverse de la distance. » (Sainte-Beuve.)
3. Flatant. — C'est-à-dire : et va flatter on simplement : flatte l'esprit de l'auditeur. Le mot va est ici employé comme auxiliaire, ainsi que dans l'ancien français : « Ceux qui nous vont instruisant. . . » (Montaigne, I, 19). « Les bestes qu'on va chassant dans la forest. » (Cl. Marot, édit. Jannet, I, 15.)
■i. Escoutant. — Édit. Blanchemain, t. IT, p. 232.
13'i OEUVRES CHOISIES DE RONSARD.
A CASSANDKE
Ode IX
Quand je suis vingt ou trente mois Sans retourner en Vendomois*, Plein de pensées vagabondes, Plein d'un remors et d'un souci, Aux rochers je me plains ainsi ^ Aux bois, aux antres et aux ondes :
Rochers, bien que soyez ^ âgez De trois mil ans, vous ne changez Jamais ny d'estat ny de forme ; Mais tousjours ma jeunesse fuit, Et la vieillesse qui me suit De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que^ perdiez tous les ans En hy ver vos cheveux niouvans '> , L'an d'après qui se renouvelle, Renouvelle aussi vostre chef; Mais le mien ne peut de rechef Ravoir sa perruque nouvelle.