Roy. — C'est Toile xiu
Trompon le soin et la misère, Ennemis de nostre plaisir.
Purgeon l'humeur qui nous enflame D'avarice et d'ambition; Ayon, Philosophes, une ame Toute franche de passion.
Chasson le soin, chasson la peine, Contenton-nous de nostre rien* :
Quand nostre ame sera bien saine, Tout le corps se portera hien^.
Une ame de biens affamée Obscurcit tousjours la raison :
Il ne faut qu'un peu de fumée Pour noircir toute la maison.
Faire conqueste sur conqueste De biens amassez sans propos.
Ce n'est que nous rompre la teste.
Et ne trouver jamais repos.
J'ay raclé de ma fantasie Le monde, au visage éhonté, Pour vaquer à la Poésie Quand j'en auray la volonté ^.
1. Rien (latin : rem). — Signifie : chose, c'est-à-dire : de ce que nous possédons.
Horace a souvent exprimé le-; mêmes idées. De ce vers de Ronsard, on peut rapprocher surtout ce passage d'Horace :
Toile querelas,
Pauper non est, ciii rerum suppetit usus. »
(Épitres, 1. I", ép. 12, vers 3 et 4.) 1 . Bien — « Mens sana in corpore sano. » '.i. Volonté. — C'est-à-dire ; le désir, le goût. Cf. Montaigne, Essais 1, 19, encore Bossuet : Image de la vie.
Voilà le bien que je désire, Sans plus en vain me tourmenter :
Désormais sera mon empire Que savoir bien me contenter.
Quand ta fièvre (dont la mémoire Me fait encores frissonner) Ne t'auroit appris qu'à bien boire, Tu ne la dois abandonner.
A toutes les fois que l'envie Te prendra de boire, reboy ; Boy souvent, aussi bien la vie N'est pas plus longue que le doy '.
C'est un grand bien d'estre hydropique, Et d'eau s'enfler la ronde peau :
Des elemens le plus antique Et le meilleur, n'est-ce pas l'eau?
Non seulement la maladie Qui nous surprend par ses eff'orts, Ne rend noire masse estourdie, Enervant les forces du corps.
Mais elle trouble la cervelle, Et l'esprit qui nous vient des cieux : Il n'y a part^ qui ne chancelle, Quand les hommes deviennent vieux.
Puis la mort vient, la vieille escarce" ; Alors un chacun se repent
1. Doy. — Dans l'édition de 1587, ce mot est écrit : le doigt
2. Part (latin : pars, partem). — Signifie : partie; sens premier du mot.
3. Escarce. — S'ign'iiiQ: avare, chiche, mesquine. Adjectif féminin
Que mieux il n'a joué sa farce* ; Mais, bon temps, à Dieu t'y command''
Ode X\
Nous^ ne tenons en nostre main Le temps futur du lendemain; La vie n'a point d'asseurance*, Et, pendant que nous desirons La faveur des roys, nous mourons Au milieu de nostre espérance.
L'homme, après son dernier trespas.
Plus ne boit ne mange là bas, Et sa grange, qu'il a laissée Pleine de blé devant^ sa fin, Et sa cave pleine de vin, Ne luy viennent plus en pensée.
de escars, de la viuille langue, disparu: «Princes eicflrs.» (Renart.) Il Tant est escharce la justice. » (Charron.) — (Voir Godefroy.)
1. Farce. On connaît le mot de l'empereur Auguste sur le point de mourir : << Ai-je bien joué la comédie. »
2. Commande. — C'est-à-dire : A Dieu je te recommande. (Édit. P. Blanchemain, t. II, p. 330.)
3. Nous. — C'est l'ode xv du livre V. « Il est incertain où la mort nous attende... «
Cf. Properce :
« Ât vos incertain, mortales, funeris horam Quseritis, et qua sit mors aditura via. »
{Élégies, 1. H, 27.) . D'asseurancp. — Cf. Horace :
ce Carpe dieni, quam minimum credula postera. » {O'I., 1. 1", X, 8).
La Fontaine a dit :
".:... Esi-il aucun moment Oui vous puisse assurer d'un second seulement'? »
(Le Vieillard et les trois jeunes hommes, I. XI, f. S. o. Devant. — Signifie ici : avant.
ODES. — V. 16y
Hé! quel grain apporte l'esmoy?
Va, Corydon, appreste-moy Un lict de roses espanchées'.
Il me plaist, pour me défascher.
A la renverse me coucher Entre les pots et les jonchées ^
Fay-moy venir Daurat ^ icy ; Fais-y venir Jodelle ' aussi, Et toute la musine" troupe.
Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin Et cent fois leur pendre" la coupe.
Verse donc et reverse encor Dedans ceste grand'coupe d'or :
Je vay boire à Henry Estienne', Qui des enfers nous a rendu Du vieil Anacréon perdu La douce lyre teïenne".