‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 219 sur 462 · Senaires. — Ce sont des ïambes de six mesures · texte numérisé non relu

Senaires. — Ce sont des ïambes de six mesures

D. Communs. — Voici ce que dit Sainte-Beuve à ce propos : « Il y a dans tout ceci une singulière confusion, et cette querelle susci-

^no OEUVRES CHOISIES DE ROxNSARD.

tiqué par longue expérience, que ie m'estois abusé; car ils sentent trop la prose très facile^ et sont trop énervez et flaques, si ce n'est pour les traductions, ausquelles, à. cause de leur longueur, ils servent de beaucoup pour interpréter le sens de l'autheur qu'on entreprend ^ Au reste, ils ont trop de caquet, s'ils ne sont bastis de la main d'un bon artisan, qui les face autant qu'il luy sera possible hausser comme les peintures relevées, et quasi séparer du langage commun,(les ornant et enrichissant de figures, schemes^, tropes, métaphores, phrases et périphrases eslongnées presque du tout, ou pour le moins séparées de la prose triviale et vulgaire (car le style prosaïque est ennemy capital de l'éloquence poëtique)yet les illustrant de comparaisons bien adaptées, de descriptions florides^, c'est à dire enrichies de passemens, bro-

tée à l'alexandrin témoigne chez Ronsard plus de bonne foi que de saine critique. U lui convenait moins qu'à personne de médire de l'alexandrin, qu'il avait tiré de l'oubli et dont il faisait d'ordinaire un usage si bien entendu. Quand ce vers se serait par instant rapproché de la prose, le malheur n'était pas grand, et il fallait plutôt y voir un avantage. Certes, s'il n'avait eu que ce défaut, il n'aurait pas mérité la guerre piquante que lui ont déclarée de spirituels écrivains de nos jours, M. de Stendhal dans ses divers ouvrages, et M. Prosper Duvergier dans le Globe. Sur cet alexandrin officiel et solennel, sur cette espèce de perruque à la Louis XIV, symétriquement partagée en deux moitiés égales, toute plaisanterie est légitime, et nous sommes le premier à y applaudir. Mais l'autre alexandrin, celui de Ronsard, de Baïf et de Régnier, celui des Victor Hugo, des Lebrun, des Barthélémy et Méry, celui-là nous semble un instrument puissant et souple, élastique et résistant, un ressort en un mot qui, tout en cédant à la pensée, la condense et l'enserre. » (Voir aussi à l'Introduction l'opinion de M. Gandar.)

1. Entreprend — Il est surprenant que Ronsard ait ainsi changé d'avis. Car « c'est lui qui, dans sa jeunesse, mit en honneur un vers jusque-là tort négligé, l'alexandrin Le premier, Ronsard prélendit et prouva que ce vers cesse d'être lourd et commun dès qu'il est bien fait et bien prononcé ; le premier, il lui donna un nom qui était le sien, celui de vers héroïque ». (Thèse de M. Gandar, p. o7.)

2 Schemes (grec : «T-/niAaTa). — Signifie : figures.

3. Florides. — Adjectif signifiant : fleuries. Mot forgé par Ronsard.

deries, tapisseries et entrelacemens de fleurs poétiques, tant pour représenter la chose, que pour l'ornement et splendeurs des vers, comme ceste brave et très excellente description du sacerdote^ de Gybele, Chloreus^, en l'onziesme livre des ^neides ; et le catalogue des capitaines envoyez à la guerre^; puis la fin du septiesme livre des œneides; et ceste invétérée querelle de ces deux bonnes dames Junon et Vénus au dixiesme. Relisant telles belles conceptions, tu n'auras cheveu en teste qui ne se dresse d'admiration. Et encore davantage, si tu lis attentivement le huictiesme du mesme autheur, quand Venus flatte et enjôle son mari Vulcain pour le persuader de forger des armes à son fils ^Ënée :

Dixerat, et niveis hiîic atqiie hinc diva lacertis '<

jusques au vers

Hœc pater jEoliis properat dum Lemnius oris

Et davantage si tu lis ceste oraison indignée et farouche de Jarbas à Jupiter son pere^, où tu verras un fœmina, un littus arayidum,

Et nunc ille Paris cum semiviro comitatu,

et cette lamentation misérable de la pauvre vieille mère d'Euryale voyant la teste de son fils fichée sur le haut d'une lance : il n'y a cœur si dur qui sepeust contenir de pleurer**. Et cette brave vanterie de Numanus, beau frère

\. Sacerdoce (latin : sacerdotem). — Signifie: prêtre.

2. Chloreus. — C'est un prêtre de Cybèle, poursuivi par Camille.

« Forte saeer Cybelse Chloreus, olimque sacerdos, Insignis longe Phrygiis fulgebat in arniis. »

(Virgile, Enéide, liv. XI, v. 768, 769.)

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