‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 22 sur 462 · I. 1" Il n'y avoit François, tant fustil bien appris · texte numérisé non relu

I. 1" Il n'y avoit François, tant fustil bien appris

Qui n'honorast mes chants et qui n'en fust espris. »

(Discours à Odet de Golligny, voir plus loin, p. 33.)

XL L'ŒUVRE DE RONSARD

Jupiter par Francus à Charlemagne. Le grave Pasquier, dans ses Recherches de la France, parle très sérieusement de Francus, l'ancêtre des Francs. Enfin Ronsard prétendait qu'une branche de sa famille habitait encore non loin de Sicambre (Germanie septentrionale), seconde demeure de Francus. Il crut donc à un coup de fortune, à un trait de génie, en prenant pour sujet de l'épopée qu'il rêvait, Francus, fils d'Hector, l'aïeul de ses aïeux et des aïeux de nos rois. Il était dupe d'une illusion que partageaient les doctes et la cour. Alors on ne s'occupait pas de la foule; Ronsard, en particulier, dédaignait le vulgaire. Ce qu'on appelle aujourd'hui l'opinion existait à peine au xvi^ siècle, ou du moins il n'en était tenu aucun compte parmi les érudits et dans l'école. <'

Plein de l'idée qu'il devait donner une épopée à la France, Ronsard travailla sans relâche, pendant vingt-cinq ans, à son poème; il en lut des fragments au roi; dans ses odes, il ne cessa d'appeler l'intérêt de tous sur son béros. Personne ne s'émut; les esprits étaient ailleurs. Ronsard venait plus de vingt ans trop tard, dans une époque tout entière aux discussions religieuses et politiques, et quelle maladresse de faire paraître une épopée au moment où le tocsin de la Saint-Rarthélemy venait d'appeler tout un peuple à s'entr'i égorger! Quoi d'étonnant si elle ne trouva qu'indifférence! i D'ailleurs ]a. Franciade n'était pas faite pour passionner les^ ^ esprits ; il eût fallu frapper un grand coupî éblouir le lecteur ; ' le poète s'en montra incapable : rien de grand, rien de/^' sublime dans l'ensemble. Ronsard a voulu suivre Homère pa^ à pas; il le traduit trop servilement en b'ien des endroits, ainsi que Virgile; ^'oeuvre n'est qu'une longue suite d'épisodes isolés; le seul mérite du poème est dans les détails. On sent que l'auteur ne croit guère au dieux ou aux demi-dieux dont il parle; tout son effort tend à rendre intéressants la forme et les incidents ; les personnages parlent trop le langage du temps ; en voulant atteindre à la naïve facilité de l'Iliade, l'auteur est trop souvent prolixe et familier. De là vient que le ton de la FmnciatZt; manque parfois d'élévation, d'autant plus que l'ouvrage est écrit dans un rythme qui n'est pas celui de l'épopée. Au lieu de l'alexandrin, du vers héroïque, que Ronsard lui-même avait remis en honneur, il s'est servi du vers moins majestueux de dix syllabes, pour céder au désir du roi Charles IX, qui s'est plu à lire et à revoir les quatre premiers chants, les seuls qui parurent. Le poète s'était aperçu, un peu tard, qu'il faisait fausse route; il s'arrêta.

L'OEUVRE DE RONSARD

Page 1