L EPOPEE
L'épopée est le genre qui a le plus tenté Ronsard; l'ambition de toute sa vie a été de mériter le nom d'Homère français, et c'est le genre dans lequel ila le moins réussi. Si encore il s'était adressé aux sources vraiment gauloises! Mais, séduit par le grand nom d'Homère, par les vers de ce poète qu'il lisait et relisait, il se crut assez d'inspiration pour donner une J/iarfe^rançaise. Ce qui l'encourageait aussi, c'étaient les écrits plus ou moins véridiques qui alors étaient répandus partout: ces légendes, acceptées sans examen, prétendaient faire remonter la race des rois de France jusqu'à Francus, fils d'Hector. M. E. Gandar, dans sa remarquable thèse sur Ronsard, nous énumère tous les poèmes qui, pendant quatre siècles, se succèdent, au moyen âge, et reproduisent VIliade apocryphe de Darès le Phrygien et de Diclisle Cretois, versifiée en latin par Iscanus, comme elle fut amplifiée en roman par Benoist de Sainte-Maure. Depuis longtemps on croyait aux origines troyennes de la monarchie française. Fredegaire, en appelant l'ancêtre des Francs, Francion, fils d'Hector, se faisait simplement l'écho d'une croyance vulgaire, et jamais cette légende ne fut plus en honneur qu'à la fin du XV* et au commencement du xvi« siècle. J. le Maire de Belges, avec l'air le plus sérieux, étabUt d'après des documents authentiques toute une généalogie qui, de père en fils, va de